Mantegna contre les Odieux-guides

Par Palimp7 Le 06/11/2008 à 10:26
Andrea Mantegna, "Saint-Sébastien",  Vers 1470-1475

Andrea Mantegna, "Saint-Sébastien", Vers 1470-1475

« -T’as fait Mantegna ?

-Non pas encore, mais j’ai lu dans le Figaro qu’il fallait la faire. »

 

Mercredi 5 novembre 2008. 18h30. Il fait nuit. En plus de faire Mantegna, je fais donc une « nocturne ».

Et ça vaut le coup, à condition bien-sûr de donner rendez-vous à vos amis dans la Cour Napoléon, devant la Pyramide de Pei. Splendide jeu de lumières, nuit profonde et légèreté scintillante.

Le ton est donné, vous pouvez maintenant traverser les contrôles.

 

A l’intérieur de la Pyramide de verre, impression étrange d’avoir quitté le Grand Siècle pour un terminal d’aéroport.

 

Neuf euros cinquante. Le film est bon j’espère ?

Long couloir avant la salle d'exposition. On embarque.

 

Comme beaucoup d’exposition, « Mantegna » commence par un tableau du jeune Mantegna. On est à Padoue vers 1445, en pleine fièvre artistique, sous l’influence du sculpteur Donatello. Mais dès le "Saint Jérôme dans le désert" peint vers 1450, Mategna est là : paysage minéraux, glacis métallique avec ce bleu inimitable, profusions de détails signifiants, présence des personnages (humains comme animaux).

 

Classiquement la suite de l’exposition nous présente ses contemporains. On y retrouve l’iconographie, sans la grâce du maître de Padoue. Classiquement, il faut jouer des coudes pour se frayer un chemin vers les œuvres, faire abstraction de commentaires plein de « Oh !... Ah !.... » mais aussi de « Ah ! mais non ! c’est pas Mantegna ça ! » des dames du Figaro Madame.

Il ne faut pas non plus hésiter à pousser sur le côté les couples comiques de retraités qui stationnent indument devant les œuvres en trifouillant leur audio-guide. Audio-guide, odieux-guide.

« -Mais non, je te dis, c’est pas ce tableau là !

-Ils sont tous pareils, avec des trucs religieux .»

L’exposition est bien construite suivant la chronologie articulée sur des thèmes forts : le saint-Sébastien d’Aigueperse, la diffusion de l’œuvre de Mantegna par les gravures, la fin de sa carrière comme peintre attitré des Gonzague (La vierge de la Victoire), les tableaux du Studiolo d’Isabelle d’Este, et enfin son influence sur Le Corrège. Le meilleur résumé de tout ça se trouve sur le mini-site de l’exposition http://mini-site.louvre.fr/mantegna/.

 

La magie de Mantegna opère à partir des détails : les visages, un ange qui plonge du ciel sans qu’on puisse déterminer s’il sort d’un nuage où s’il achève une mue (dans la "Prière au Mont des Oliviers" du Musée de Tour), les fameux personnages cachés (le cavalier qui se dessine dans un nuage du Saint-Sébastien peint à Mantoue vers 1770), jusqu’aux lapins, aux cailloux, aux brins d’herbes.

Appelez-le maître, car le monde qu’il ordonne et modèle est pensé, senti, signifiant au dernier degré.