Soulages ne broie pas du noir au Centre Pompidou

Par Marianne Bordreau Le 19/01/2010 à 08:43
(Image: www.eternnyt.com)

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Un début, des compositions déjà affirmées. La suite, la rencontre avec les Américains, la libération d’un style formel qui se retrouvera jusqu‘aux dernières œuvres. On serait tenté de dire « la fin : le noir », mais ce n’est qu’un début à toute saisie esthétique transcendant ce noir, cette valeur. Soulages nous emporte, non pas malgré lui mais selon ses propres directives, au sein de cette lumière brute défiant le visible et l’invisible. L’harmonie, la consistance de la matière, le peindre scarifié s’exposent et donnent à percevoir bien plus qu’à voir. L’artiste enjambe les subtilités du noir, de l’obscurité, pour ne laisser qu’un passage où les titres n’évoquent plus autre chose qu’un remplissement du sujet qui regarde. Husserl aurait sans doute volontiers concédé que l’appréhension de cette peinture est « revenir aux choses mêmes ». Bien qu’il ait abandonné la peinture en tant que langage qui transmettrait une signification, l’artiste porte dans ses œuvres une dimension éthique indiscutable, traduction irréprochable d’une weltanschauung dynamique, qui retranche et ajoute du sens. La peinture à la fois crépusculaire et propédeutique de Soulages livre une élucidation de l’essence de données phénoménologiques et fournit une critique de la connaissance des valeurs, en décrivant simplement l’essence de possibilités toujours en accord avec une temporalité que l’imagination avait presque occulté.