Tels des spectres surgit de la terre, les soldats de terre cuite du Premier Empereur s’offrent enfin à notre regard. Ressuscités après 2000 ans de garde souterraine, ils s’en vont à travers le monde, donner à nos civilisations du XXIème siècle un aperçu de ce que fut le premier Empire de Chine et illustrer le projet fou de Qin Shihuangdi, son Premier Empereur, mégalomane et paranoïaque.
Issu d’un milieu modeste, Ying Zheng est fait roi de son état, le Qin, à 13 ans, et s’emploie à fédérer toutes les provinces ennemies en un seul Empire, dont il prend aussitôt la tête. Il a 38 ans, se proclame Empereur et prend le nom de Qin (prononcer t’chin) Shihuangdi.
Nous sommes en 221 av. J-.C et Qin Shihuangdi va apporter jeter les bases de ce qui deviendra la Chine avec un grand C, celle qui occupera, à travers les époques, une place de choix au seing des toutes premières puissances que compte le monde. L’Empereur marquera de son empreinte tous les domaines qui constituent un état moderne : administratif, territorial, culturel, militaire, social. En effet, durant ses onze années de règne, il centralise l’état, standardise l’écriture, les unités de poids et de mesure, unifie la monnaie, met en place une capitale administrative, organise son territoire selon un réseau de routes, développe les arts et l’architecture. Il gouverne seul, Empereur à la fois éclairé, à la fois despotique, obsédé par sa propre mort, qui le cueillera alors même qu’il goute à un élixir d’immortalité...
Et, comme s’il avait toujours su que son règne serait bref, comme s’il avait déjà envisagé de régner dans l’au-delà, tout est prêt, à sa mort, pour être enseveli avec lui : une armée, puissante, une microsociété, aussi diverse que variée, un tombeau, protégé, dit-on, par un lac de mercure et une haie d’arbalètes prêtes à tirer…
Combien d’hommes furent engagés ou condamnés à réaliser cet insensé projet ? Combien d’hommes ont eu la tache de réaliser fantassins, archers, chevaux, officiers, fonctionnaires, palefreniers, musiciens, mais aussi chars, animaux, oiseaux de bronze…Combien d’entre eux ont dû s’occuper de mouler ces corps, de les assembler avec un visage dont l’expression n’est jamais tout à fait la même ? Combien d’entre eux avaient celle de leur appliquer de la couleur, combien celle de les frapper du cachet de l’atelier une fois achevés ?
On parle tantôt de 120 000, tantôt de 700 000 hommes, créateurs d’environs 7 000 statues d’1 m 90 et de leurs accessoires destinés à protéger et divertir l’empereur dans l’au-delà….et pour accomplir leur tâche, ils sont équipés d’accessoires : armes et armures pour les guerriers, instruments de travail pour les notables, de musique pour les musiciens…autant d’attributs aussi vrais que nature.
Et cette société, à la fois si vivante et si figée, fut découverte en 1974, par des paysans qui cherchaient de l’eau…depuis, quatre fosses, qui entourent la sépulture de l’Empereur depuis plus de 2 000 ans et dans lesquelles est alignée cette armée de terre cuite, ont été mises à jour.
C’est une autre vie qui a commencé pour ces soldats de l’ombre : exhumation, restauration, expositions… à Rome, Londres, Paris….Pour nous, formidable moyen de prendre connaissance de leur « existence » mais pour eux …..Renaissance ou ultime trépas ? On serait tenté de leur poser la question...on s’attendrait presque à ce qu’ils nous livrent la réponse…souhaitons en tous les cas qu’il s’agisse plutôt d’une Renaissance, afin que de leur terre de X’ian, ils soient à même de lutter contre les tremblements de celle-ci….
16 mai 2008