Adulée, dispendieuse, infidèle, traîtresse, étrangère …au regard de ce qui fut écrit sur elle pendant deux siècles, Marie Antoinette, pour certains, fut tout cela à la fois. Pour d’autre, sa personnalité ne correspond à aucun de ces qualificatifs….
L’exposition du Grand Palais ne prend pas parti, ne développe ni plus ni moins l’un des aspects de cette personnalité contrastée…elle se contente de nous apporter des éléments biographiques, historiques, familiaux et artistiques afin de balayer toutes les idées reçues et nous permettre de mieux connaître cette femme qui fut Reine de France.
On pourrait croire que Marie Antoinette en tant que femme est récemment sortie de l’ombre tant il y a quelques années encore, l’image de Marie Antoinette, pour le commun des mortels, était celle de cette souveraine «envoyée à l’échafaud » ou « guillotinée », avec tout ce que la formule comporte de hauteur, voir de mépris. Puis de cette image historique, froide, nous sommes soudainement passés à celle de la femme vive, belle, de naissance princière, indépendante, préférant faire des choix plutôt que de subir son statut souverain ; d’une femme jeune, au destin tragique, qui sut rester digne jusqu’au pire moment de sa vie.
Il fallu deux siècles, de nombreuses biographies, l’avènement d’une génération ayant soif de tout ce qui est « people », un film de Sofia Coppola élevant Marie Antoinette au rang de super star, pour que la souveraine entre au pentagone des si adulées Lady Di et Sissi.
Car, au fond, qu’est ce qui sépare ces trois femmes/souveraines ? Un mariage royal précoce ? La difficulté de se plier à une étiquette de coure après une enfance heureuse et insouciante ? Un mariage ou l’amour et le désir sont absents ? Ou une mort violente, trop tôt ? En tous les cas, Marie Antoinette fut certainement celle sur qui a pesé le plus d’animosité, le plus d’interrogations…jusqu’à aujourd’hui !
Alors, une muséographie fastueuse pour une souveraine brusquement réhabilitée s’imposait ! Le travail de Robert Carsen, metteur en scène d’Opéra, est beau et efficace ! Preuve en est la foule se bousculant devant les portraits de Vigée Lebrun, les bustes de Boizot, les porcelaines de Sèvres, les meubles crées par Riesener, Senée ou Jacob, à l’attention de celle qui fut tour à tour adulée, puis détestée et enfin honni par son peule !
Et cela marche jusque dans les boutiques de la RMN, ou les « étoles Marie Antoinette » côtoient les « carrés fichus de la reine » et ou les éventails du même nom se disputent avec les « boîtes cœur » l’honneur d’être choisit par la foule, qui hésite encore avec les « coussins Marie-Antoinette » ou les « torchons Anges »….à moins qu’elle ne prenne les quatre…
Néanmoins, et à condition de réussir à éviter la foule, les possibilités qu’offrent l’exposition d’en savoir un peu plus sur cette fin de siècle, sur la famille royale autrichienne, sur la cour de Louis XVI et sa chute sont aussi précieuses que le fait de découvrir à quel point Marie Antoinette fut une femme dont le qualificatif principal pourrait être, aujourd’hui, celui d’une femme « moderne ».
9 mai 2008.