Festival Fictions / Lectures performées
Fondation d'entreprise Ricard
12 rue Boissy d'Anglas
75 008 PARIS
5 janvier 2009. Fondation d’entreprise Ricard. Deuxième rencontre du Festival Fictions/Lectures performées. C’est dans ce volume d’exposition de la jeune création contemporaine imaginé il y a 2 ans par les architectes Jakob et MacFarlane que se produisent les soirées Fiction / lectures performées.
C’est dans cet espace qui au fil des expositions se module, au milieu des œuvres de l’exposition en cours, qu’ont lieu ces performances.
Ces rencontres sont organisées par deux jeunes commissaires, Christian Alandete et Agnes Violeau fondateurs d’une revue intitulée “ J’aime beaucoup ce que vous faîtes...” qui dialogue avec ces soirées.
Cette revue est née d’un désir d’aborder la littérature en prise avec l’art contemporain, de questionner les espaces du livre, d’expérimenter les formes possibles de la lecture publique. Ainsi ces soirées donnent corps aux recherches et réflexions imprimées de la revue. Découvrir un texte par la voix de son auteur, ce qui est dit là, interroger cette pratique de la lecture liée à la performance, revenir à cette oralité même, premier médium de la transmission des mots : la voix. Trois artistes à chacune des cinq rencontres, venant de champs divers tel que la danse, les arts plastiques, la littérature, la performance. Ces artistes viennent rendre compte de leur rapport singulier à la lecture et à la littérature, viennent expérimenter des actions pouvant mettre en branle notre rapport à la lecture publique traditionnelle et à sa plasticité.
5 janvier 2009. Dehors la neige, on s’étonne de la salle comble malgré le froid. On remercie. Foule debout, pas suffisamment de chaises prévues. On s’escuse. Le calme se fait.
Projection du film Mlua de Anne Durez.
Un homme assis au milieu de nul part lit un livre. Langue non identifiable. La pluie se met à tomber. L’homme ne se met pas à l’abri, il reste dehors assis à lire. Le bruit de l’eau recouvre celui de la voix, des mots. Les trombes d’eau qui s’intensifient, mettent à mal la lecture. la heurte. On peut penser que cette avalanche d’eau est sur le point de couler littéralement la voix lorsque lentement, une harmonie se met en place. L’écume que l’averse produit, la langue, l’eau et le phrasé, tout se confond. La lecture et la pluie s’alimentent pour former un radeau qui nous emporte dans un ailleurs sur des images de livres engorgé d’eau, de pages devenues vagues. Là le sens des mots importe peu, un barrage a cédé.
Applaudissements.
Conférence performance du plasticien belge Eric Duyckaerts.
Difficile de décrire ce moment ambigu et drôle de la “conférence” sur l’art du détachement. De l’ordre de ces blagues, histoires qu’il est inutile de chercher à raconter, et qui ne sont drôles qu’interprétées par la personne de laquelle on la tient. Intraduisible moment de cet artiste manipulateur de mots, de vraies/fausses conférences sur des thèmes d’apparence très sérieux qu’il s’applique à démontrer et à démonter de manière parodique en guidant le spectateur dans des chemins, drôles, absurdes et critiques.
Rires. Rires. Applaudissements.
P. Alféri, L. Farrell, création inédite. “Les jumelles bis, une rêverie astronomique”. En prologue au prochain livre à sortir de P. Alféri.
Sur l’écran, une myriade de points lumineux en lent mouvement circulaire. Voie lactée. Au synthétiseur le musicien Liam Farrell entonne sa composition de sons qui semblent se muer en points incandescents. Puis vient la voix de Pierre Alféri. Voix qui semble être dans le même temps celle d’un observateur d’un livre d’astronomie médusé par les noms, les images et les faits de l’Univers mais également comme voix des étoiles elles-mêmes. Non seulement le spectateur est emporté dans un univers mais ici, il est plongé dans l’Univers lui-même. L’articulation son/texte/image produit un sentiment d’hypnotisme, renforcé par la lecture qui au fur et à mesure nous fait quitter le sens des mots et de leur agencement logique pour n’en garder qu’un rythme, un chemin. Chaque mot nous entraîne irrémédiablement vers l’autre, nous plongeant dans un état second, nous emportant avec lui dans la spirale et nous déconnecte, pour un temps, du réel de la salle. Cosmos.
Retour à la réalité. Applaudissements.