Vous arrivez au bureau un matin et vos affaires (chaise,
table, ordinateur, sacs, documents, etc..) sont emballées, comme si on venait
de vous les livrer. Dans un grand mouvement d'enveloppement, les espaces de
travail des collègues avec qui vous partagez l'open-space ont aussi été pris
dans la glu d'un ruban de cellophane.
Fantastique plastique. Efficace, propre, il préserve et rassemble ; il recouvre sans occulter ; il suspend
et révèle notre relation aux objets. L'environnement quotidien est perturbé, le
temps semble avoir fixé les objets : une aventure s'annonce.
Visite impromptue d'un huissier ?
Mais non, tout va bien, c'est une blague de vos collègues. C'est dans la joie
que vous déballez ce qui était acquis sans y penser, comme un cadeau. Merci les
gars.
Il y avait un peu de cette redécouverte dans l'installation qu'Andréas Savva
présentait du 28 juillet au 3 août dernier, à l'expo Paris/Chypre. Mais aussi beaucoup du souvenir du 20 juillet
1974. Ce jour là l'armée turque envahissait le nord de Chypre, divisant pour
longtemps l'île en deux communautés. Exode. Rideau de fer sous le soleil. Mur
de la honte à Nicosie, curieusement devenu attraction touristique par la suite.
Emmener un maximum de biens matériels malgré l'urgence . L'installation d'Andréas
Sevva, interrogeait ce réflexe. Meubles
et objets ménagers divers étaient soudés ensemble par un film cellophane
évoquant l'exode vécu. L'effet sur le spectateur était subtil : entre
impression de force acquise par le moindre objet arraché à un territoire
abandonné et sentiment du dérisoire face à la banalité des biens sauvegardés.
Le catalogue de l'exposition nous apprend que le travail
d'Andréas Sevva rejoue cette scène primitive. A la fois suspendus et piégés
dans les ligatures d'un harnachement, se
tenant les uns les autres dans un désordre à l'équilibre fragile, les
« objets-sculptures » de Savva font écho à l'existence humaine quand
elle se retrouve « prise » dans la trame de l'Histoire.