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Israël. Miroitement du conflit – statut des images.

Par Anne Collongues Le 28/01/2009 à 17:22
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Road 443 #9, 2001, digital print, 70X100 cm

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Miki Kratsman
Works
Chelouche Gallery
Tel Aviv 64284 ISRAEL
Du 03.01.09 au14.02.09.


Miki Kratsman est né à Buenos Aires en 1959. Il émigre vers Israël en 1971. Il commence sa carrière de photographe en 1984 pour le quotidien Hadashot. Depuis 1995, il a une colonne avec le journaliste Gideon Levy intitulée Twilight Zone ( Zone de crépuscule) dans le quotidien le plus diffusé en Israël, Haaretz. Ces chroniques sont souvent provocatrices et représentent la pensée radicale d’extrême gauche. Le travail journalistique de Miki Kratsman fait l’objet d’un intérêt international. Il est aujourd’hui à la tête du département de photographie de l’école d’art de Jérusalem, Betzalel et expose ses images en tant qu’artiste.

Une petite galerie d’art dans le centre de Tel Aviv. Appellation de l’exposition “Works”. Qualificatif qui, lié au nom de l’auteur et à sa grande renommée de journaliste, confère à ses images, dès l’entrée, une ambiguïté quant à leur statut.

Une quinzaine de photographies divisées en trois séries.
“Wanted” portraits en pied, noir et blanc, des 5 leaders armés les plus recherchés du Hamas, une série d’images du mur de séparation et pour finir des photographies prisent à Gush Katif en 2005 quelques mois avant la grande évacuation de tous les juifs de la bande de Gaza. Ces dernières ont été prises avec un appareil photo Olga qui forme un halo noir autour de l’image. Décision esthétique qui tend à mettre l’accent sur l’image avec une impossibilité de hors champ, d’évasion, qui dirige le regard vers le centre. Ce contour noir renvoie également à la rotondité de l’objectif de l’appareil. Le fait que ces images ait été prises avant l’évacuation, les distingue par là des autres photos de journalistes qui ont photographiés l’expulsion pendant qu’elle avait lieu. Miki Kratsman a choisi de montrer l’état des choses avant, de fixer ce paysage et ses habitants avant qu’ils ne soient exilés. Ce choix et l’acte d’intégrer le médium comme parti pris dans la réalisation des images conduit à désigner ces images comme photographies d’artiste plutôt que de journaliste.
J’ai pourtant du mal à être convaincu de la légitimité des ces images dans une galerie d’art. Il m’a semblé être devant une sélection extraite d’un carnet de notes. Des constats d’un témoin attentif et désireux de révéler, qui tente de fixer les choses dont il est spectateur, il est vrai, à travers un angle différent que ses confrères. Cela pourtant ne me semble pas basculer définitivement dans le champ de l’art.
A un niveau esthétique, les images ne me semble pas avoir été pensées en terme de cadrage, de taille d'impression ou même de travail lumière et de couleurs.

De cette visite, aucune image, aucun visage n’a retenu suffisamment mon attention pour m’en laisser une marque, un souvenir, un ressenti. Le fait d’avoir choisi une quinzaine d’images grands formats à partir d’un travail qui s’élabore depuis de nombreuses années et qui doit contenir des milliers d’images, nous force à regarder et à considérer celles-ci comme ayant une valeur artistique propre, voulues comme unités esthétiques. Je pense, après voir été chercher d’autres photographies du même auteur sur internet, qu’un accrochage comprenant une très grande quantité d’images à format réduit (quitte à ne pas toutes les regarder) aurait mieux traduit la vision, le parcours de Miki Kratsman et le conflit à travers ces paysages en perpétuels changements, ces murs qui s’élèvent et les ruines autour. Comme un cycle infini, qui s’accumule, comme ces ruines, ces reconstructions qui à leur tour redeviennent ruines.
L’entre-deux flou de son statut et de celui des images dessert, à mon avis, le travail et notre réception de celui-ci. Ces images me semblent valoir en tant que document. Dans ce contexte, le “quand”, la date de prise de vue, est fondamental. Il s’agit pratiquement d’archives. Avoir été là, à ce moment de l’histoire, confère au images une importance en terme de mémoire et de documentation. De même, les photos du mur valent pour ce qu’elles ont d’historique et parce que le photographe suit cette construction depuis le début. Ces images auront plus encore de valeur dans quelques années. Un journaliste montre la réalité, il la décrit tel qu’il la voit, un artiste, à partir de la réalité pense des concepts, réagit, déforme, imagine, crée une oeuvre qui ouvre la sensibilité et la réflexion différemment et donne à reréfléchir sur cette réalité. Il me semble ici que le concept reste de l’ordre de l’observation et de la monstration bien qu’il soit parfois manipulé ou décalé. Le contexte à finit par donner à Miki Krastman ce statut d’artiste, ce qui est encore très largement controversé en Israël, et il représente pour moi le même phénomène que Annie Liebovitz, photographe pour le magazine Rolling Stones dont la photo de John Lennon nu embrassant Yoko Ono habillée, fut la dernière prise avant l'assassinat de John Lennon le lendemain, et que ce contexte à propulsé entre autre au rang de photographe.


Les frontières aujourd’hui en art ou dans la “réalité” sont parfois floues et soumises à débat, et valent dans des situations comme celle-ci, parfois plus que des vies.

Quant à l’actualité sur le conflit israélo-palestinien, je vous conseille le site du journaliste photographe Pavel Wolberg pour les images, et le blog via médiapart de Naruna Kaplan de Macedo “de Tel Aviv”.
En ce qui concerne l’art, le film d’animation d’Ari Folman, Valse avec Bachir et le magnifique travail de l’artiste Ori Gersht.

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