Jimmie Durham
Pierre rejetées
Musée d’art moderne de la ville de Paris
30 janvier-12 avril 2009
Jimmie Dhuram, d’origine cherokee est né en 1940 en Arkansas. En 1968, il part étudier à l’école des Beaux Arts de Genève, jusqu’en 1973 où il retourne aux Etats Unis afin de s’impliquer dans le mouvement pour les droits des indiens. Définitivement installé en Europe depuis le milieu des années 90, Jimmie Durham est un artiste majeur qui n’appartient à aucun mouvement spécifique, encore peu connu du public, le musée parisien rassemble aujourd’hui plus d’une soixantaine d’oeuvres réalisées depuis son immigration européenne.
L’exposition de Jimmie Dhuram au musée d’art moderne de Paris, forme un cercle, un tour qu’il est possible de recommencer à volonté et dont il faut pour s’extraire, quitter l’espace et redescendre quelque part dans le monde réel, se retrouver dans le courant d’air de l’entrée du musée. Là encore, avant de s’en aller complètement, l’avion écrasé sous la pierre dans le hall du musée, introduction et épilogue de l’exposition, nous apostrophe une dernière fois. Il fait s’évanouir pour quelques instants les murs blancs, l’avant et l’après, et nous emporte dans un univers "Encore tranquillité" où l’ordre des choses est bouleversé, où les pierres écrasent plutôt que d’être les fondations, et réduisent au silence le bourdonnement des avions et du monde réel.
Jimmie Duhram fait de cette exposition un voyage où chaque œuvre, sculpture, vidéo, installation est un paysage. Au travers de matériaux bruts comme les pierres et les troncs coupés, et de matériaux manufacturés qu’il sculpte et assemble, il interroge et réinvente notre rapport au monde.
Au début, j’ai avancé lentement au milieu des œuvres, dans une indécision. Comment regarder, de quoi ça parle ? Comme les visiteurs près de moi, je pensais que cela serait mieux si quelqu’un nous expliquait de quoi il en retourne. Je n’avais de repères que le cadre des murs blancs, et me sentait perdue dans ce chemin d’objets. Quelques pas plus loin, ce sentiment à disparu. J’ai plongé peu à peu dans le monde que crée Jimmie Durham, et me suis retrouvée happée par les strates de l’oeuvre, à commencer par celles des troncs d’arbres ouverts. L’artiste pointe du doigt, ou plutôt par une flèche au crayon, des marques réelles ou imaginaires, naturelles ou laissées par l’homme qui se sont fossilisées dans l’arbre, comme des balles datant de la seconde guerre mondiale, des inscriptions, des insectes. Il ajoute à ces traces, ses propres signes qui nous forcent à chercher plus loin, à se questionner, à comprendre et à se perdre cette série titrée "Labyrinthe". Les œuvres résonnent comme des fables drôles ou tragiques où les serpents ont les yeux en formes de dés de jeu, les cacahuètes deviennent des oiseaux enfermés dans des cages. Il compose un univers ou les signes de notre monde sont réagencés et réinterprétés. Par ce biais, nous remettons en question les références acquises qui nous fait communément penser qu’un vautour noir sur un perchoir est un présage de mort, et qui devient ici par l’ambiguité du titre “thinking of you” un personnage presque touchant d’amoureux triste.
Jimmie Durham crée une cartographie où il faut suivre les pierres qui écrasent et qui volent, une géologie personnelle et commune au coeur de troncs autopsiés, ou élevés en totem, une mythologie dans laquelle les barils de pétrole sont peints de couleurs claires et chatoyantes où les gargouilles sont drapées de noir.
Il construit un monde où les "Arc de Triomphe " peuvent être à usage personnel, un monde à échelle peut-être plus humaine.
Un territoire nouveau et poétique, entre ici et d’ailleurs, finalement tout aussi plausible et valable que le notre qui soudainement nous semble lointain et diffus, moins familier que celui que l'on quitte en sortant du musée.