C'est l'histoire de deux destins croisés que nous raconte le
Musée des Tissus de Lyon. Celui d' Isabelle de Borchgrave, artiste Belge, et de
Mariano Fortuny, artiste Catalan de la fin du XIXe début du XXème siècle.
La première est née avec" un crayon à la main "et participera dès
l'âge de 14 ans aux cours d'arts graphiques du Centre des Arts Décoratifs à
Bruxelles où elle apprend et approfondit les différentes techniques de la
peinture. Ses premières œuvres, essentiellement figuratives, seront jusqu'à la
fin des années 70, assez naïves et très colorées.
C'est à 17 ans, en peignant sur ses robes et celles de ses amies qu'Isabelle de
Borchgrave va entrer dans l'univers de la mode et du textile. Elle créera par
la suite un atelier de Haute Couture d'où sortiront robes, foulards, bijoux et
accessoires. Petit à petit elle se détournera de la mode pour se consacrer à
l'ameublement et aujourd'hui les maisons d'éditions du monde entier viennent
dans son atelier de dessin bruxellois pour son talent et sa créativité sans
cesse renouvelée.
Dans les années 90, après avoir visité une exposition des créations d'Yves
Saint-Laurent au Metropolitan Museum, à New York, Isabelle de Borchgrave a
l'idée de créer des robes de papier. Retournant ainsi vers un monde qui était
le sien à ses débuts, celui de peintre, mais transcendé par son savoir sur la
mode et les textiles. Ne suivant désormais que ses envies et ses plaisirs elle
va créer des robes destinées uniquement à être regardées, ne servant finalement
qu'à nous faire rêver.
Il n'est donc pas étonnant qu' Isabelle de Borchgrave ait décidé de rendre
hommage, dans cette exposition, à Mariano Fortuny (1871-1949), l'un des
artistes les plus créatifs de son temps. Il a surtout travaillé en Italie et a
connu sa plus grande renommée grâce à ses créations de textiles Art Nouveau,
telles que les robes en soie finement plissée et ses écharpes raffinées en soie
brillante et en velours.
Il dédiera sa vie à l'art en créant des vêtements et des tissus mais
aussi en s'intéressant à de nombreuses disciplines telles que le design
d'intérieur, la scénographie, la peinture, la photographie, l'architecture et
la création de lampes. Il inventera de nouvelles méthodes de teinture textile
et des procédés d'impression sur tissus.
C'est ainsi que les tissus et les vêtements les plus remarquables et
intemporels de leurs temps sortirent des ateliers de Mariano Fortuny comme en
témoigne la « Robe Delphos » créée en 1907 et rendue célèbre par les légendes
théâtrales de l'époque, Isadora Duncan et Sarah Bernard. Artistique et
fonctionnelle, cette robe inspirée de la Grèce ancienne, aux courbes simples et
larges, aux ourlets ornés de perles de verre coloré de Venise, est largement
célébrée dans cette exposition. C'est donc en mêlant une élégante
simplicité, une coupe parfaite, des matières de qualités supérieures, une richesse
et une sensualité des couleurs que Mariano Fortuny a réussi à élever ses
vêtements au rang « d'œuvre d'art ».
Le visiteur est projeté directement dans l'ambiance feutrée des salons du
Palazzo Fortuny et entame ainsi une ballade, du Maroc à Paris et Venise, en
passant par la Turquie. L'œuvre de Mariano Fortuny prend vie grâce au papier
qui, après être passé dans les mains d' Isabelle de Borchgrave, se transforme
dans d'innombrables variantes de couleurs pour créer des effets soyeux,
damassés ou plissés. Beauté et pureté caractérisent cette exposition où la
peinture devient tridimensionnelle.