Giorgio de Chirico
La fabrique des rêves
Musée d’art moderne de la ville de Paris
Du 13/02 au 24/05
Troisième jour de l’exposition De Chirico, j’entre dans le musée et avance directement vers la caisse où il n’y a personne. Étonnement. Alors que l’exposition “Picasso et les maîtres” à récemment fermé ses portes sur trois jours et trois nuits sans interruption accueillant les foules ; ici personne. Il me semblait pourtant que De Chirico, était suffisamment connu du public et reconnu pour attirer un certain nombres d’intéressés, il paraitrait que non. L'énigmatique peintre dont l'œuvre n'a pas été montrée depuis plus de 25 ans à Paris, est donc à découvrir.
Je connaissais effectivement beaucoup moins l’œuvre et la vie de De Chirico en entrant, que celle de Picasso ; en tête seulement quelques images connues, souvent reproduites en carte postale.
La scénographie est simple, de courts textes introduisent les sélections d’œuvres regroupées par des thématiques liées à la chronologie de l’œuvre.
L’entrée est sans surprise, les impressions dont je me souvenais, le style bien affirmé du peintre dans des paysages urbains où quelques éléments, architecture, lumière, statue, se répètent d’un tableau à l’autre, viennent planter un décor théâtral et énigmatique.
L’ambiance de ces lieux mi-rêvés, mi-révélés créent une atmosphère singulière dans laquelle on se laisse pas à pas guider et emporter. Une fois que l’on est bien installé dans cette univers onirique, les images se complexifient. De nouveaux éléments apparaissent, qui comme des obsessions, se retrouvent d’un tableau à l’autre et introduisent des thématiques nouvelles, des personnages. Des intérieurs sont maintenant représentés dans lesquels, toujours une fenêtre occupe une place importante, ou bien une toile, mise en abîme et fenêtre elle même vers l’ailleurs, et dans le même temps miroir des rêveries du peintre.
L’exposition et les œuvres actionnent un état mental et physique de déambulation, attitude répandue chez les surréalistes qui nous viennent alors à l’esprit par le biais également de certains sujets tels les tableaux où divers objets entreposés dans un coin de pièce, font écho aux brocanteurs et à ces objets, parfois sans usage défini, trouvés aux Puces et qui intéressaient beaucoup les surréalistes.
Une salle est d’ailleurs consacrée à l’appartenance temporaire de Giorgio De Chirico à ce groupe. L’esthétique du peintre à été reconnue comme fondatrice du mouvement surréaliste, qui a tenté dans ces recherches littéraires et artistiques de réduire le rôle de la conscience et de la volonté dans la création, interrogeant la libre association et l’expression de l’inconscient en cherchant des techniques permettant de reproduire les mécanismes du rêve. Des dessins illustrant des textes de Cocteau et d’Appollinaire nous sont montrés et offrent une autre facette de l’artiste que nous incluons maintenant dans un panorama plus générale d’une époque et d’un groupe qui la par la suite le reniera quand il changera de direction dans sa peinture. Ils organiseront alors en 1928 une exposition intitulée “Ci-git De Chirico”, exposant uniquement ses œuvres “métaphysiques” et établissant la mort de celui-ci pour le groupe.
Dans les pièces suivantes nous pouvons constater le changement de cap de l’artiste qui commence à explorer la technique de la peinture en copiant des chefs d’œuvres, retournant à un certain classicisme.
Dans cette période beaucoup moins connue, il réalise un certain nombre d’autoportraits, qui font apparaître des réflexions nouvelles, en prenant de la distance par rapport à ses œuvres de jeunesse et à son image physique, il se représente avec auto-dérision en costume ou en homme vieilli, cherchant sa place dans l'histoire de l'art.
Giorgio De Chirico réplique à partir des années 40 ses tableaux métaphysiques, engendrant par là une large réflexion sur l’évolution d’une œuvre, et sur le processus de création. L’homme au delà de l’artiste se découvre en s’échappant d’une continuité “traditionnelle” et pose un regard critique, entre ironie et tragédie, sur son œuvre et sur la vie dans son impossible linéarité.