Situé dans la cité internationale, construite par Jean
Nouvel, le Musée d’Art Contemporain de Lyon offre en général des expositions
très pointues et ambitieuses. Une fois encore la curiosité du spectateur est
suscitée.
Réunissant cinq auteurs dans cinq salles différentes avec pour seul fil
conducteur, la bande dessinée, le MAC de Lyon, présente une forme de création
que l’on rencontre rarement dans les Musées non spécialisés.
Laissé libre de ses déambulations, le visiteur passe de salle en salle aux murs
remplis de récits illustrés, de dessins préparatoires et de planches
originales, présentés de manière un peu disparate, surtout dans les espaces
dédiés aux américains Chris Ware et Gilbert Shelton. Chris Ware, né en 1967,
expose soixante dix dessins de ses séries cultes au graphisme sophistiqué et
foisonnant qui nous éblouit dès que l’on pénètre dans les lieux. Gilbert
Shelton, né en 1940, figure tutélaire de l'underground des années 60, présente
une série de réalisations qui rendent compte de cette création polymorphe et
déjantée des décennies américaines, du Flower power aux années 2000. Le
néerlandais Joost Swaarte, né en 1947, est inventeur de la « ligne claire ». A
la fois architecte, designer, auteur et créateur d’affiches il donne à voir à
travers ses deux cents œuvres exposées un humour absurde et des personnages
très typés.
Mais ce sont surtout les salles de Blanquet et Masse qui retiennent
l'attention. Masse, né en France en 1948, en présentant ses planches en écho à
ses sculptures, véritable scénario à elles seules, suggère une passionnante
réflexion sur la narration, dévoilant les liens qui régissent ces deux
disciplines. Quant à Stéphane Blanquet, né en 1973 dans les Yvelines, il
s'appuie sur une scénographie poussée, glauque, inquiétante et sonore, dans
laquelle son art se glisse tout naturellement. Sculptures, peintures, dessins,
photomontages, et même un étonnant train fantôme qui nous entraîne dans son
univers : le spectateur passif jusque là se retrouve alors comme propulsé dans
la bande dessinée.
Pour reprendre la métaphore musicale du titre, Quintet rassemble des
musiciens éclectiques, solistes chacun à leur tour. Une exposition en forme
d'expérience et à l’issue de laquelle on ne peut s’empêcher de se demander s’il
s’agit de « l’entrée de la Bande dessinée dans les musées », surtout qu’au même
moment, à quelques centaines de kilomètres une autre exposition lui donne la
parole : Le Petit dessein au Musée du Louvre.