Séraphine a reçu
hier soir le César du meilleur film, tandis que Yolande Moreau recevait celui
de la meilleure actrice. OVNI parmi la riche production de 2008, ce film doit d'abord
son succès au public, qui a été touché par l'histoire de cette artiste
singulière.
Plus qu'un simple biopic, le film de Martin Provost fait la part belle à un
personnage essentiel et souvent dans l'ombre de l'histoire de l'art :
celui de l'amateur influent (collectionneur, critique d'art, mécène) qui sait
voir et promouvoir la nouveauté et le talent en allant à l'encontre des préjugés de l'époque.
En l'occurrence, la bonne fée de Séraphine n'est autre que Wilhelm
Uhde, collectionneur allemand menant ses affaires à Paris et venu se retirer du
côté de Senlis pour écrire. Séraphine n'est au départ que la bonne (un peu allumée) qui fait le ménage dans la maison où il s'est réfugié.
Deux arts de vivre l'art alternent alors à l'écran :
Celui d'une existence solitaire, engagée dans la création :
contact mystique avec la nature et délire religieux dont le paroxysme éclate
lors des séances de possession au cours desquelles Séraphine peint.
Celui plus feutré d'un collectionneur, entouré d'un clan (sœur,
artistes, galeristes, collectionneurs), environné de livres et d'œuvres d'art
(dessins, peintures), lisant, écrivant, engagé dans un combat pour promouvoir
une esthétique nouvelle (articles, expositions). On note au passage que Paris
est à l'époque l'évidente capitale cosmopolite de l'art. On apprend ainsi que Wilhelm
Uhde fut un des premiers et des seuls à soutenir notre Douanier-Rousseau
national.
A quand un biopic sur Uhde ?