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Sophie Ristelhueber, quelles empreintes en nous ?

Par Anne Collongues Le 05/03/2009 à 09:03
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eleven blowusps #1

eleven blowusps #1

Sophie Ristelhueber
20 janvier-22 mars.
Jeu de paume.

Sophie Ristelhueber est née à Paris en 1949, elle fait des études littéraires à la Sorbonne avant de se consacrer à la photographie. Elle se détache de la notion de photo-reportage mais en garde ses thématiques. Ses sujets sont tirés de L’Histoire (présente ou proche), principalement des lieux de conflits et de guerre, des territoires et personnes endommagés par ceux-là. Se considérant comme une archéologue, elle est surtout intéressée par les stigmates laissés dans le paysage ou dans l’homme et provoqués par ces faits réels. Elle exprime cela essentiellement par le médium photographique. 

Des articles que j’avais lus avant l’exposition, et des quelques images qui en étaient associées, j’avais tout de suite compris de quoi il s’agissait, le sujet n’étant ni dissimulé, ni mystérieux. Comme je viens de le faire plus haut, une courte description du propos de l’oeuvre simple et compréhensible m'avait introduit l'exposition. On à une certaine idée de ce que l’on va voir.

Mais dans chaque exposition, ou tout autre production artistique dans laquelle on entre,  même si on connait l’auteur, les acteurs, si on a lu la quatrième de couverture, même si la plupart des toiles nous sont familières, la lecture du livre, le film ; la visite de l’exposition toujours nous ouvre des portes, réflexions ou émotions que l’on n’avait pas prévues, pas anticipées que ce soit dans le sens profond, dans sa réalisation, la couleur, la touche, le rythme de la phrase ou ailleurs dans la combinaison de tous ces éléments. Heureusement qu’un résumé de film, qu’une image dans un livre ne suffit pas à donner les sensations que l’oeuvre dans sa totalité,  dans sa forme complète et finale nous délivre.

Et pour moi, dans cette exposition, rien n’est advenu. Je savais de quoi parlait ce que j’allais voir, j’en avais vu une image, et de m’être rendue là-bas, les photographies face à moi dans leur format que l’artiste à choisi d’exposer, avec dans les pièces adjacentes des travaux plus anciens dont je n’avais pas eu de description, n’ont rien provoqués en moi, n’ont rien ajoutés aux articles pourtant  assez élogieux.

Il me semble qu’il y a quelque chose de facile, d’immédiat et de trop directement compréhensible dans le travail de Sophie Ristelhueber. On nous dit dans les explications, cela parle de l’Histoire, des conflits, de la mémoire, de la notion de territoire. Oui, c’est ce que je vois, je comprends sans explication nécessaire, les thématiques des projets. Mais ce que ça en dit, pour moi,  rien. Il n’y a pas de parti pris, ou trop léger ou trop facile. Il y a ces preuves, parfois fabriquées, ces images rapportées qui se veulent différentes de celles habituellement distribuées de ces mêmes pays dans les médias. D’accord, elles le sont. On comprend qu’elle veuille parler de ces évènements différemment de qu’on à l’habitude de voir, mais pour dire quoi de plus, quoi de différent.
Au lieu d’ajouter du sens, il me semble qu’elle en enlève, cela est peut-être voulu, comme elle le dit “quand je photographie, je finis par oublier les Palestiniens et les Israéliens pour ne retenir que l'obsession des traces.[...] Personne ne sait, en regardant mes photos, ce que je pense du conflit.”
Et cela pourrait être intéressant dans l’idée, extraire de ces lieux la charge émotionnelle, historique, donner une vision froide et objective. Mais objective, la vision ne l’est pas  car les cadrages sont précisément choisis, le travail ne me semble pas non plus habiter par une vraie réflexion ou sentiment. Un entre-deux qui retire au travail son intérêt.
L’inspiration de l’artiste (l’actualité) et la production qu’elle réalise se confondent.
Il y a ce flou d’une réaction au monde non exprimée, seulement montrée, presque sans désir, sans nécessité de dire, d’exprimer quelque chose. Un vide non chargé de sens.


J’entends les mots : mémoire, traces, cicatrices, je les ai, de manière raisonnée, associés à ce que j’ai vu, compris ; mais les images, la visite ne m’a rien laissée de tel dans la  mémoire : traces, cicatrices.
Je ne vous décrirais donc pas les œuvres vues, je n’en dirais pas plus sur le concept, je vous laisse le soin de faire votre propre expérience et j’espère que vous me direz ce que vous en avez retenu, ressenti et que vos récits laisseront en moi plus de traces que l’exposition elle-même.




Propos de Sophie Ristelhueber recueillis par Michel Guerrin pour le monde.

Pour en savoir plus
Par Palimp7 Le 08/02/2009 à 19:58
Moyenne :

Sophie Ristelhueber, WB # 7, 2005 © Sophie Ristelhueber / ADAGP, Paris, 2009

Lieu : Jeu de Paume, Paris

Période : Du 20 janvier 2009 au 22 mars 2009

"Sophie Ristelhueber (née en 1949) vit à Paris, où, avant de se consacrer à la photographie, elle a fait des études littéraires et a travaillé dans la presse et l'édition. Depuis plus de vingt ans, elle poursuit une réflexion sur le territoire et son histoire, au travers d'une approche singulière des ruines et des traces laissées par l'homme dans des lieux dévastés par la guerre. Loin du photoreportage classique, elle s'attache à la mise à nu des faits et à l'empreinte de l'histoire, dans les corps et dans les paysages, en rendant visibles plaies et cicatrices, véritables mémoires des traumatismes. Dans cette première grande exposition de l'artiste en France, le Jeu de Paume présente, entre autres séries, "Beyrouth"...

Commentaires

 
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Palimp7 06/03/2009 à 14:58

J’avais déjà eu l’occasion de voir des travaux de Sophie Ristelhueber, dans des expositions collectives, aux côtés d’autres « tableaux photographiques » contemporains. Cette rétrospective du Jeu de Paume m’a permis de mieux comprendre sa démarche, et de situer ses œuvres les plus connues (la série sur la guerre du Golfe par exemple) par rapport à l’ensemble de son travail. Le fil rouge de son œuvre semble être le conflit éternel et permanent entre l’homme et son environnement. La série des diptyques « Vulaines » par exemple en dit beaucoup sur la façon dont l’environnement (la nature, le monde) finit toujours par s’imposer. Ces diptyques sont fondés sur des jeux d’opposition très clairs : figure humaine / décor ; noir et blanc / couleur. Dans le panneau noir et blanc apparaissent des scènes quotidiennes, où la figure humaine semble fantomatique. A l’inverse dans le second panneau en couleur, les lieux vacants et leur décor acquièrent une étrange présence, jusque dans les cadres, recouverts de papier peint. Je conseille donc vivement cette exposition, et en particulier les deux videos présentées qui donnent un certain nombre de clefs pour comprendre la démarche de cette artiste.