Ont : troué, perforé en profondeur le bitume de la route les
voitures piégées irakiennes en 2001. Les grands formats de Blow up alternent avec les fenêtres
donnant sur le jardin des Tuileries. Ici Paris. Là-bas la guerre.
Ont été : effondrés, tordus, écroulés, déchirés,
abandonnés les immeubles du centre ville de Beyrouth en 1984.
Petit format, les images défilent en noir et blanc. Parmi elles une vue sur piscine en ruine hérissée de
végétation nouvelle frappe par le sentiment d'abandon furieux qui s'en dégage.
Immense sur
le mur d'en face le dos anonyme et intime d' Every One # 14 traversé d'une cicatrice-barricade.
A : ensevelis, camouflé, creusé, délimité, miné, brûlé,
calciné, tout ce qui pouvait l'être et quel qu'en soit l'échelle (puits de
pétrole, munitions, tranchées, chaussures, bâches, tanks) l'opération
« Tempête du désert » en 1991
Trouer, perforer, effondrer, tordre, écrouler, déchirer,
abandonner, brûler, ensevelir, calciner couper, barrer, obstruer, taillader,
entailler, creuser, camoufler, recouvrir, délimiter, miner : c'est la
guerre à l'œuvre. Sensible et inflexible Sophie Ristelhueber en enregistre les
traces à la surface (sol, mur, peau)
L'exposition du jeu de Paume, en montrant des œuvres moins
connues comme celles de la série des Vulaines
et une vidéo réalisée spécialement pour l'occasion met l'accent sur une
stratégie de la surface essentielle dans le travail de cette artiste. Une
stratégie qui permet entre autres, une émancipation des images par rapport aux
discours parfois plein de sens, souvent plein de sang et prompt à attiser la
guerre. A voir de toute urgence.