Alexandre Calder avait des mains d’or. Auxquelles s’ajoutaient
une inventivité et une créativité débordante. Dès l’âge de 7ans, il transforme
tout ce qui lui passe entre les doigts, donnant de la vie au moindre bout de
ficelle, au moindre jouet de bois cassé. De lui, nous connaissons ses mobiles, dénommés
ainsi par Marcel Duchamp, objets à la fois graciles, mouvants et élégants dont
la note de couleur souvent rouge, jaune ou blanche nous frappe régulièrement de
son empreinte indélébile.
Mais avant de créer ces œuvres en équilibre, Alexandre Calder
sculpte. Pas en ronde-bosse, à la manière d’un Michael-Ange ou d’un Auguste Rodin.
Pas la glaise, le bois, ou le marbre. Alexandre Calder courbe, tord, plie, de
ses doigts magiques, le fil de fer pour composer animaux, personnages et masques.
Curieuses sculptures linéaires, faites de vide, de mobilité et d’humour. Il ne
se contente pas d’en évoquer la forme, la silhouette. Il dote ses personnages
de cheveux, de mains, de pieds, de seins pour les femmes, de sexe pour les
hommes. Ses portraits, ou masques, relèvent de la caricature, à la fois poétique
et pertinente.
Ses modèles sont Kiki de Montparnasse, Joan Miro, Amédée
Ozenfant, Joséphine Backer, les artistes et intellectuels que compte le tout Paris
des années 30 et dont il fait ses amis.
Car Alexandre Calder, Américain d’origine, commence sa
carrière dans la capitale française. Il a 27 ans quand il y arrive en 1926,
avec un double diplôme d’ingénieur et d’artiste. Il est alors peintre
illustrateur. Lorsqu’il regagne son pays natal sept ans plus tard, c’est un
sculpteur, de génie. Créateur d’une sculpture qu’il a complètement réinventée
et qui transcende un public averti. En effet, tout commence à Paris avec la
mise en scène de ce qu’il nomme le
« Cirque Calder », cirque miniature et mobile, dont il conçoit chaque
personnage, chaque animal, chaque attribut, à l’aide de matériaux de récupération
qu’il lie avec du fil de fer et qu’il met en mouvement lui-même.
Ses acrobates, son avaleur de sabre, sa danseuse du ventre, son
cow-boy dresseur de chevaux comme ses lions et ses éléphants sont aussi
singuliers que vivants et attirent cette société d’artistes et d’intellectuels,
qui se pressent, nombreux, pour assister aux représentations qu’il donne du
« Cirque Calder », véritable performance, originale et technique,
brillante et singulière.
C’est cette période que nous présente l’exposition du Centre
Pompidou, ces années parisiennes, déterminantes dans sa carrière d’artiste.
L’exposition, chronologique, débute avec la présentation du
cirque et de sa centaine de petits acteurs, qui, posés sur une cimaise
circulaire, s’offrent au public qui tournoie autour de lui et peut ainsi le
découvrir, en percevoir les moindres détails.
Viennent ensuite les personnages, les animaux et les masques
en fil de fer qui se découpent sur les parois des salles, grands volumes ajourés
et immaculés, jouant avec leurs ombres et dédoublant l’œuvre géniale qui semble
danser sur des airs de Joséphine Baker apparaissant à l’écran.
Nous sommes alors en 1930 et Alexandre Calder commence à
passer de la figuration à l’abstraction, créant des compositions géométriques
et colorées, quelque fois motorisées. Il est proche alors du répertoire formel
de Mondrian, de Jean Hélion et rejoint le groupe Abstraction-Création en 1931. La
dernière salle du haut nous montre comment, plus tard, il s’en éloigne, pour
revenir à des formes moins géométriques, plus primitives, retrouvant le travail
du bois, qu’il avait mis de côté depuis ses premiers animaux (1933).
L’exposition du Centre Pompidou est nourrit de nombreux
documents sur l’artiste : photos de lui-même enfant et sa famille, croquis,
vidéos, le représentant actionnant ses petits personnages du cirque, déjà âgé
mais encore tellement attentif, tel un enfant, à ne pas se tromper, à capter
l’attention, à toujours charmer, séduire….et j’ai envie de dire, en 2009, à ce
géant de l’art, de ne surtout pas s’inquiéter, que même 80 ans plus tard, le
magicien aux mains d’or qu’il a été continue à nous charmer, nous séduire, nous
émerveiller, nous étonner, faisant vibrer en nous de nombreuses cordes de
sensibilités différentes : artistique certes, mais aussi enfantine,
technique et esthétique. Et j’ai aussi envie de lui dire… merci !
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