Paris est grand, les propositions culturelles que la ville offre sont presque illimitées. Une multitude de choses à faire, à voir : expositions, cinéma, théâtre, ou parfois seulement profiter des terrasses, du décor de la ville. Il est bien sur impossible de tout faire, impossible même de se tenir au courant de toutes les options que l’on a. Souvent, je découvre des évènements qui m’auraient intéressés, qui ont déjà été remplacés par d’autre. C’est pourquoi, j’écris presque dans l’urgence sur ce spectacle qui est seulement, quatre soirs à l’affiche. Dans l’espoir de vous faire ajouter une corde à votre arc dans le panel des options de vos prochaines soirées, dans l’espoir de vous faire découvrir, un lieu, un auteur, une actrice et un metteur en scène.
Entrons dans le vif du sujet. Le lieu : la Ménagerie de Verre est un lieu dédié à la création contemporaine, depuis 1983 ce lieu est un laboratoire d’expérimentation qui permet, entre autre, aux artistes du théâtre et de la danse principalement, de construire leurs pièces in situ et de les présenter au public.
Dans le cadre du festival de théâtre contemporain ‘ Etrange Cargo’, était présenté hier soir et jusqu’au samedi 28 mars, la pièce intitulée Eden matin midi et soir, d’après le texte de Chloé Delaume, mis en scène par Hauke Lanz et interprétée par une seule actrice Anne Steffens.
Chloé Delaume est une romancière, performeuse, musicienne. Son dernier livre intitulé ‘Dans ma maison sous terre’ paru aux éditions du Seuil, est accompagné d’une bande originale sonore. Elle défend une écriture littéraire et poétique, avec comme principal composant l’autofiction. “Y décliner ce principe qui fait l'autofiction, tricoter la fiction et l'autobiographie. Le vécu comme matériau, injecter du Tout vu, et, parfois, inventer. J'aimerais un pourcentage, pour pouvoir quantifier. Ca dépend des objets, alors faire une moyenne. Ca rationaliserait peut-être ma démarche. C'est parfois important de rationaliser.”
La pièce : “ Toutes les cinquante minutes une personne se suicide en France. Aujourd’hui c’est au tour d’Adèle.”
Peut-être n’aurais-je pas du commencer par là. Je vais surtout vous faire fuir. Vous voulez vous divertir et je vous parle de suicide. Bon je ne vais pas vous mentir, c’est le sujet principal de la pièce. Mais attention, en sortant du spectacle, pas de moral plombé, pas de remise en question sur la vie, pas d’abattement. Au contraire. Au contraire, c’est un peu excessif mais disons qu’en ressortant de la pièce, une vraie exaltation, celle d’avoir vu une pièce juste, drôle parfois (si, si), émouvante. Non pas d’avoir vu d’ailleurs, mais d’avoir fait l’expérience, l’impression d’avoir pénétré complètement dans les pensées d’une autre, d’avoir vu le monde différemment, d’avoir vécu quelque chose d’intéressant, de vrai ; une expérience réelle, sensible et littéraire.
Sur la scène, une jeune femme, deux grands yeux sur un visage changeant, mi-enfant, mi-femme. Un monologue. Un seul corps, mais plusieurs voix intérieures qui s’expriment dans la tête d’Adèle Trousseau, 28 ans. Adèle nous parle, se parle, répète et rejoue ce qu’elle devra dire au psychiatre quand il entrera dans la chambre, à ses parents ensuite. Elle cherche en elle(s) le pourquoi du comment, que dire et que taire. Elle donne forme à ses pensées projetées en mots. Sons, mots, voix. Elle nous entraine au coeur de sa conversation intérieure.
Le sujet est grave, oui, presque tabou. Je ne me souviens pas avoir déjà été témoin d’une œuvre qui évoquerai de manière si directe, si frontale ce sujet, sans mise en abime, sans contexte. Ça et rien d’autre, sans jugement, sans a-priori, mais une approche sensible qui ouvre des perspectives sur notre manière d’appréhender les choses, de réfléchir autrement.
Et si vous manquez cette pièce, n'hésitez pas à lire le travail de Chloé Delaume.
http://www.chloedelaume.net/
citation tirée du site de l'auteur, post # 220 de la rubrique Remarques et cie.