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"je suis un artiste commercial"

Par Claire de Colombel Le 30/03/2009 à 00:29
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"je suis un artiste commercial"

 

Grand Palais. Quarante minutes de queue, avec giboulées et sans parapluie. La foule piétine dans l’allée, sableuse par temps sec, boueuse ce jour-là. Je monte enfin les marches, une dizaine d’euro l’entrée en tarif réduit. Je passe enfin la porte, des familles en troupeau devant chaque cartel.

Bienvenue dans le grand monde d’Andy Warhol.

 

Juste le temps de s’habituer à la foule, de trouver son rythme pour ne pas avoir la désagréable impression d’être le énième mouton qui se rajoute à la file, passe de tableau en tableau en se calant sur les pas du mouton de devant et du mouton de derrière. Je refuse mon appartenance au troupeau, mais les quarante minutes de pluie sur mon manteau en laine dégagent l’odeur de l’animal que je n’assume pas d’être. Oublions ça et concentrons nous sur les murs.

 

Les premières salles ne suffisent pas à me faire plonger dans le « grand monde » comme ils disent, je passe devant des images trop connues et les sérigraphies qui s’étalent sur les murs ne me font pas plus d’effet que le magnet de Marilyn sur la porte de mon frigo.

Et puis ça passe. J’oublie l’odeur, le mouton, la porte, le frigo… je vois des images moins vues, des tableaux que je ne connaissais pas. Les sérigraphies se déclinent, les couleurs plus ou moins intenses, les visages  plus ou moins connus, plus ou moins maquillés, recouverts, effacés. Le portrait est le motif d’Andy Warhol et la quantité des œuvres réunies nous permet d’observer ces jeux de déclinaisons autour d’une technique toujours identique. La Factory a été baptisée du nom juste. C’est l’usine, la répétition, le travail à la chaîne. Même tarif pour tout le monde, stars, politiques et anonymes défilent en nuances, donnent leur visage à colorier comme des poupées qu’on habille en rouge, en jaune puis en bleu. Chacun d’eux n’est qu’une donnée de plus dans la gigantesque banque d’images, mais on sent chez chaque modèle le désir de montrer son unicité, la fierté d’offrir son sourire et de poser pour l’impression qui fera de lui un objet de marque, certifié Warhol. Et cette ambiguïté reflète bien l’utilisation détournée que fait Warhol du portrait dans son développement en série. « Les docteurs veulent toujours opérer, c’est comme faire des portraits, vous ne vous souciez pas de l’identité du patient tant que vous en avez un à traiter ». Les citations de l’artiste inscrites sur les murs entre chaque salle suffiraient presque à faire l’exposition. « Je suis un artiste commercial, je l’ai toujours été. »

Tout est dit.

 

L’exposition nous promène chronologiquement et thématiquement dans son œuvre, formant des ensembles regroupés en salles (« autoportraits », « Mao », « les Dollars »…). Une scénographie plutôt classique (comme la plupart du temps pour ce genre de grandes rétrospectives) qui fonctionne bien et offre une vue assez claire de l’œuvre dans son ensemble, mais donne toujours une allure un peu didactique à la visite. Un seul élément de scénographie a vraiment fait échos chez moi au travail de Warhol : la boutique de souvenirs installée à la fin de l’exposition, comme une ultime salle à l’effigie de la consommation, par laquelle les visiteurs sont obligés de passer et de s’entasser une dernière fois avant de sortir.

Le mystère reste à savoir s’il a réellement été pensé dans le but de dialoguer avec le positionnement « commercial » de l’artiste, ou s’il s’agit simplement d’une banale stratégie pour appâter le mouton.

Retour aux magnets Marilyn.

 

Pour en savoir plus
Par A. de Chappedelaine Le 27/02/2009 à 14:22
Moyenne :

Ethel Scull 36 times 1963 202,6 x 363,2 cm acrylique, peinture métalisée et encre sérigraphique sur toile Whitney Museum of American Art / Metropolitan Museum of Art, New York © Whitney Museum of American Art / Metropolitan Museum of Art, New York © 2009 Andy Warhol Foundation for the visuals arts inc. / Adagp, Paris, 2009

Lieu : Galeries nationales du Grand Palais, Paris

Période : Du 18 mars 2009 au 13 juillet 2009

Deux-cent cinquante, parmis le millier de portraits qu'Andy Warhol a réalisé de 1967 à 1987…comme pour reprendre le procédé répétitif de l'artiste, le Grand Palais stigmatise les portraits qu' Andy Warhol a réalisé des stars et des non stars, pour en faire une galerie, que l'on imagine facilement colorée, pop, fascinante ou provocante...

Commentaires

 
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pierre bernier 05/05/2009 à 15:54

et pour les moutons désireux d'acquérir un bout de ce "rêve", rien de plus simple, moutonisez un samedi dans les grands magasins afin de vous offrir une litho poster Marilyn. Par chance vous aurez le tirage numéroté 123800/5000000!

vous l'aurez noté le ton de cette chronique m'a beaucoup plu, autant que le phénomène Warhol peut m'agacer....

à bientôt

 

Cédric 31/03/2009 à 10:33

J'ai eu la chance de voir cette expo en avant première ou j'ai retrouvé aussi ce sentiment "commercial", sans ressentir l'effet "mouton", mais aimer Warhol c'est aussi aimer ce côté commercial.

On retrouve tout de même un travail de recherche intéressant entre la photo de base, souvent placée sous vitrine au milieu de la pièce, et le résultat final!

J'ai bien aimé connaitre les personnalités que notre cher Warhol a contactées ainsi que le travail de correction sur ses œuvres

Pour ceux qui cherche à aller voir l'expo:

www.arteo.com/.../Le-Grand-Monde-d_2700_Andy-Warhol-_5F00_633713449361093750.aspx

Si vous êtes plus fan de l'œuvre cinématographique de l'artiste:

www.arteo.com/.../Warhol-TV_5F00_633709835457292500.aspx

Pour ce qui est du magnet, honte a moi, j'ai pas pu résister...