Gérard Oury est un réalisateur célèbre. Plus que célèbre,
ses films nous ont fait rire enfants, et nous font encore rire, adultes. La
Grande Vadrouille, Rabbi Jaccob, le Corniaud, Le Cerveau, les titres de ses
films s’égrènent, telle une litanie, mais une litanie joyeuse, impertinente et
bon enfant. Ses films font partie de nos souvenirs d’enfance, à tel point que
Gérard Oury nous paraît être un proche, une sorte d’oncle à la mode de Bretagne,
que l’on voit peu, mais dont l’aura familiale est incontestable. Sauf que
l’histoire de cet oncle, son enfance, ses choix, ses passions, nous est généralement
connue.
De Gérard Oury nous connaissons les films. Mais nous ne savions
rien de sa passion de collectionneur, de son enfance passée au sein du Paris bohême
des années 20.
Ses proches à lui étaient des artistes, devenus depuis les
plus célèbres de la première moitié du XXème siècle : Dufy, Foujita,
Gromaire…
C’est Marcelle Oury, la mère de Gérard, journaliste critique
d’art pour France Soir, qui rencontre Paul Poiret en 1920 et qui va se lier
avec tout ce que Paris compte de vedettes et d’artistes. Gérard, né en 1919,
grandit au milieu de Marcelle, de sa grand-mère et des œuvres de Dufy, Foujita,
Lapicque, qui viennent au fur et à mesure orner les murs de l’appartement de la
rue de la Tour. Il passe ses vacances avec la petite troupe d’artistes emmenée en
Normandie par Paul Poiret dans son Hispano-Suiza, assiste Raoul Dufy dans son
atelier, noue de longues conversations avec Foujita.
Marcelle lui lègue sa collection et l’amour de l’art. Bel
héritage, qu’il commence à enrichir dans les années 60, alors qu’il est devenu
acteur, puis réalisateur et qu’il vit avec Michèle Morgan. Il achète des
toiles, de Raoul Dufy toujours, mais aussi de Gromaire, de Maillol, de Chagall,
Lapicque, Buffet, Villon ou Foujita, apportant variété et cohérence à cette
collection initiée par sa mère.
Aujourd’hui, l’ensemble compte plus de 300 pièces, qu’il a
léguées il y a quelques années à sa fille Danièle Thompson et qui seront
vendues aux enchères par la maison de vente Artcurial les 20 et 21 avril
prochain.
En chiffre, cela représente 90 œuvres de Raoul Dufy, 40
œuvres de Jacques Villon, 25 œuvres de Marcel Gromaire, Aristide Maillol,
Dunoyer de Segonzac, Chagall, Lapicque, Foujita, Buffet, Pignon, de Chirico. La
bibliothèque et les archives de Marcelle et Gérard Oury. Le tout pour une
estimation de 4,7 à 6,5 millions d’euros.
Les quatre-vingt dix Raoul Dufy constituent en eux-mêmes une
collection d’exception, une ode à l’artiste, chaque période de ce peintre hors
du commun et chaque sujet lui tenant à cœur étant largement représenté :
les œuvres fauves, puis cubistes, les champs de courses, les Régates. Et son
œuvre, vive, colorée, enlevée ressemble à celle, cinématographique, du grand collectionneur
que fut Gérard Oury.
La vacation se déroulera les 20 et 21 avril à l’Hôtel
Dassault, sous le marteau de Francis Briest pour Artcurial, après 6 jours d’exposition,
du 14 au 19 avril, de 11 h à 19 heures.
7 rond Point des Champs Elysées, 75008 Paris.