Dans la veine de son exposition « Voir l’Italie et
mourir », le Musée d’Orsay consacre une exposition au peintre Ernest
Hébert (1817-1908), mort il y a 100 ans, passionné par l’Italie et les œuvres que
lui ont inspirées ce pays. Le nom de cette exposition : Italiennes modèles
– Hébert et les paysans du Latium.
Ernest Hébert nait à Grenoble en 1817, rien ne le
prédestinant à la peinture. Son père est notaire et pense à son fils pour
reprendre l’étude notariale. Mais Ernest a du talent et choisira la voix
artistique. Formé par l’Ecole des Beaux-arts de Paris, deux fois directeur de
l’Académie de France à Rome, très remarqué au Salon de 1850, portraitiste recherché de la haute société
parisienne, il préfère cependant les sujets que lui inspire la vie paysanne,
plus forts et plus profonds.
Il fait de longs périples en Italie, étudiant les
habitants des provinces les plus reculées, les représentant avec réalisme et
profondeur, leur restituant cette fierté orgueilleuse qui les distingue et les
rend si attachant. On sent à travers l’étude de ces personnages combien il les respecte,
combien il les admire. Ce ne sont pas des scènes de genre qu’Ernest Hébert représente mais de véritables portraits
psychologiques, sans sentimentalisme ni romantisme. Beaucoup d’aquarelles de
visages, d’études de gestes ou d’attitudes, d’hommes ou de femmes en costume
traditionnel, au travail, beaux et altiers. Sa palette est franche et profonde.
Des photos, également, daguerréotypes ou calotypes de ces hommes et de ces
femmes, campent le contexte de son travail dans la péninsule, et de la vie qu’il
y mène.
Il écrit alors de ces paysans des Abruzzes : « Il
est vrai que je suis partout
impressionné par les têtes aux regards profonds et froids qu’on ne trouve que
dans les pays du soleil, la misère y a des accents de fierté et de calme
antique inconnus chez nous ».
Alors qu’aujourd’hui, vendredi 10 avril, l'Italie entière est en deuil, que les habitants des Abruzzes
enterrent leurs morts, comment ne pas être extrêmement ému par ce qu’il écrit
sur leurs ascendants, ceux-là même qui lui inspirèrent cette œuvre, dont les
commissaires d’exposition disent qu’elle atteint là-bas « une maturité
rayonnante ».
Bel hommage rendu par le Musée d’Orsay à un peintre trop peu
connu, bel hommage d’un peintre à un peuple aujourd’hui confronté aux conséquences
fatales d’une nature, certes belle et orgueilleuse, mais capricieuse et
indomptable.