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"Quelqu'un est tombé", une exposition à écouter

Par Claire de Colombel Le 13/04/2009 à 15:58
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"Quelqu'un est tombé", une exposition à écouter

 

Le printemps arrive. Avec lui le soleil et la tentation de délaisser les musées pour se dorer dans les parcs ou s’enfuir à la campagne le temps d’un week-end. C’est peut-être simplement le moment d’aller découvrir quelques uns de ces lieux d’arts situés à la périphérie de Paris qui ont su tirer profit de leur implantation géographique et proposer des projets audacieux dans des cadres inhabituels.

 

L’abbaye de Maubuisson est une ancienne abbaye cistercienne fondée en 1236 et classée aujourd’hui Monument historique. Au milieu d’un parc de huit hectares, à Saint-Ouen l’Aumône dans le Val d’Oise, elle est aussi, depuis 2004, devenue centre d’art contemporain (réseau Tram) en se centrant sur la problématique des relations entre création et patrimoine. Par an, elle propose deux expositions de cinq mois, en offrant aux artistes invités d’investir et de s’approprier un lieu unique et complexe.

En ce moment et jusqu’au 31 août, c’est au tour de Dominique Petitgand d’utiliser l’abbaye et le parc comme le décor de ses pièces, pour une exposition qu’il intitule : « Quelqu’un est tombé ».

 

Dominique Petitgand nous invite à une approche assez inhabituelle de l’oeuvre, c’est l’écoute plus que le regard qui est mise en jeu dans son travail. L’exposition est constituée de trois installations sonores, les espaces sont laissé vides, le lieu s’offre à nous entièrement dénudé, uniquement habillé des sons qui y sont diffusés.

La première pièce est située dans un bâtiment annexe à l’abbaye appelé « Grange aux dîmes ». Une grange donc, un espace vide, vaste, terre battue, pierres, poutres. Quatre enceintes aux quatre coins de la pièce et le bruit d’un ballon rebondissant contre des parois. L’espace est vide, pourtant le son de la balle qui se cogne et repart nous fait sentir le déplacement imaginaire de l’objet qui traverse l’espace.

 

Pour rejoindre l’abbaye en quittant la grange, il nous faut traverser le parc, revêtant, le temps de la marche, la casquette du promeneur du dimanche. Le calme et l’étendue du cadre invitent à la lenteur : le pas traîne et c’est bon. La deuxième pièce est à écouter sur un des bancs du parc. Le positionnement offre un point de vue dégagée sur la grande pelouse centrale, presque scénique. Deux enceintes dans notre dos diffusent de courtes séquences espacées de grands silences. Des voix, des respirations, des esquisses de mélodies. Les autres sons qui nous entourent prennent soudainement part à cette étrange expérience, assis sur notre banc nous écoutons le parc.

 

La dernière installation occupe l’abbaye elle-même, un nouveau parcours acoustique habille l’espace. Des enceintes disséminées diffusent des voix, des bouts de récits, des bruits d’objets, des musiques, des grondements, des vibrations. L’espace est toujours nu, mais d’une pièce à l’autre, la lumière, le son et la température varient. Dominique Petitgand nous invite à prendre le temps et le silence. Le son occupe l’espace mais ne l’envahit pas, il s’inscrit dans et avec le lieu.

 

Dans les faits, cette exposition n’est rien d’autre que la visite d’une abbaye du treizième siècle et de son parc. Et pourtant les pièces sonores de Dominique Petigand nous font vivre une vraie expérience de l’espace, du temps, du déplacement, de la résonance et du silence. Rien, dans l’espace, n’invite le regard à s’attarder sur un élément plutôt que sur un autre, c’est à nous d’organiser nos mouvements et le trajet de nos regards. L’attention portée au son et l’absence d’accroche visuelle fait peu à peu prendre conscience de son corps dans l’espace et de son rôle de spectateur construisant soi-même une part du récit. Le décor et l’ambiance sont posés mais le reste, c’est nous qui le construisons. Dominique Petigand n’impose rien, il propose une matière et c’est à nous de la modeler.

 

Paris est truffé de musées, ponctué de quelques parcs, il nous donne certes l’impression de pouvoir tout y trouver sans avoir à se déplacer, pourtant bien des déplacements en valent la peine, alors si les beaux jours vous donne un peu d’énergie, utilisez-là pour un petit tour sur la ligne C du RER, arrêt Saint-Ouen l’Aumône.

 

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