Le
printemps arrive. Avec lui le soleil et la tentation de délaisser les musées
pour se dorer dans les parcs ou s’enfuir à la campagne le temps d’un week-end.
C’est peut-être simplement le moment d’aller découvrir quelques uns de ces
lieux d’arts situés à la périphérie de Paris qui ont su tirer profit de leur
implantation géographique et proposer des projets audacieux dans des cadres
inhabituels.
L’abbaye
de Maubuisson est une ancienne abbaye cistercienne fondée en 1236 et classée
aujourd’hui Monument historique. Au milieu d’un parc de huit hectares, à
Saint-Ouen l’Aumône dans le Val d’Oise, elle est aussi, depuis 2004, devenue
centre d’art contemporain (réseau Tram) en se centrant sur la problématique des relations entre création et
patrimoine. Par an, elle propose deux expositions de cinq mois, en offrant aux
artistes invités d’investir et de s’approprier un lieu unique et complexe.
En
ce moment et jusqu’au 31 août, c’est au tour de Dominique Petitgand d’utiliser
l’abbaye et le parc comme le décor de ses pièces, pour une exposition qu’il
intitule : « Quelqu’un est tombé ».
Dominique
Petitgand nous invite à une approche assez inhabituelle de l’oeuvre, c’est
l’écoute plus que le regard qui est mise en jeu dans son travail. L’exposition
est constituée de trois installations sonores, les espaces sont laissé vides,
le lieu s’offre à nous entièrement dénudé, uniquement habillé des sons qui y
sont diffusés.
La
première pièce est située dans un bâtiment annexe à l’abbaye appelé
« Grange aux dîmes ». Une grange donc, un espace vide, vaste, terre
battue, pierres, poutres. Quatre enceintes aux quatre coins de la pièce et le
bruit d’un ballon rebondissant contre des parois. L’espace est vide, pourtant
le son de la balle qui se cogne et repart nous fait sentir le déplacement
imaginaire de l’objet qui traverse l’espace.
Pour
rejoindre l’abbaye en quittant la grange, il nous faut traverser le parc,
revêtant, le temps de la marche, la casquette du promeneur du dimanche. Le
calme et l’étendue du cadre invitent à la lenteur : le pas traîne et c’est
bon. La deuxième pièce est à écouter sur un des bancs du parc. Le
positionnement offre un point de vue dégagée sur la grande pelouse centrale,
presque scénique. Deux enceintes dans notre dos diffusent de courtes séquences
espacées de grands silences. Des voix, des respirations, des esquisses de
mélodies. Les autres sons qui nous entourent prennent soudainement part à cette
étrange expérience, assis sur notre banc nous écoutons le parc.
La
dernière installation occupe l’abbaye elle-même, un nouveau parcours acoustique
habille l’espace. Des enceintes disséminées diffusent des voix, des bouts de
récits, des bruits d’objets, des musiques, des grondements, des vibrations.
L’espace est toujours nu, mais d’une pièce à l’autre, la lumière, le son et la
température varient. Dominique Petitgand nous invite à prendre le temps et le
silence. Le son occupe l’espace mais ne l’envahit pas, il s’inscrit dans et
avec le lieu.
Dans
les faits, cette exposition n’est rien d’autre que la visite d’une abbaye du
treizième siècle et de son parc. Et pourtant les pièces sonores de Dominique
Petigand nous font vivre une vraie expérience de l’espace, du temps, du
déplacement, de la résonance et du silence. Rien, dans l’espace, n’invite le
regard à s’attarder sur un élément plutôt que sur un autre, c’est à nous
d’organiser nos mouvements et le trajet de nos regards. L’attention portée au
son et l’absence d’accroche visuelle fait peu à peu prendre conscience de son
corps dans l’espace et de son rôle de spectateur construisant soi-même une part
du récit. Le décor et l’ambiance sont posés mais le reste, c’est nous qui le
construisons. Dominique Petigand n’impose rien, il propose une matière et c’est
à nous de la modeler.
Paris
est truffé de musées, ponctué de quelques parcs, il nous donne certes
l’impression de pouvoir tout y trouver sans avoir à se déplacer, pourtant bien
des déplacements en valent la peine, alors si les beaux jours vous donne un peu
d’énergie, utilisez-là pour un petit tour sur la ligne C du RER, arrêt Saint-Ouen l’Aumône.