A l’heure ou l’Italie se réveille à peine du terrible drame
qui la frappe, s’est ouverte à Paris, quelques heures après le séisme, une
exposition consacrée à la péninsule au XIXème siècle.
«Voir l’Italie et mourir ». C’est le titre de
l’exposition du Musée d’Orsay. Hasard malheureux, comble de l’ironie sordide….
L’exposition est d’une grande richesse. Mêlant photographies
et peintures, elle vise à nous enseigner comment la photographie, au XIXème
siècle, a modifié la perception que le reste du monde avait alors de l’Italie, image
jusque là véhiculée par les arts classiques : peinture, dessin, imprimerie
et sculpture. L’Italie apparaît à cette époque comme une contrée pleine de
richesses, berceau de puissantes civilisations, aux paysages méditerranéens
sublimes et romantiques, à l’architecture variée, aux ruines ancestrales prêtant
à l’inspiration artistique, aux habitants pittoresques et chaleureux, aux
musées regorgeant des œuvres des artistes les plus grands.
Dès le XVIème siècle, la France et l’Angleterre y envoient
leurs jeunes artistes afin qu’ils s’imprègnent de cette culture et
s’enrichissent de ses trésors. On appelle cela « Le grand tour ».
Lorsqu’en 1839, la photographie prend son envol, nombreux
sont ceux qui désirent faire de ces richesses des sujets photographiques.
Paysages, ruines, architectures, œuvres d’art, conflits et peuple italien sont
désormais reproduits de manière objective. Sans fioriture ni idéalisation, ils
ornent les daguerréotypes, calotypes, plaques de verres et papiers albuminés,
au gré des progrès de la technique photographique.
Alors, des projets d’éditions d’albums sur les « vues et
monuments les plus remarquables du globe » prennent jour, puis la photographie
devient aussi un souvenir touristique que le voyageur emporte avec lui. Elle
devient aussi témoignage d’un conflit qui n’en finit pas et qui s’achèvera en
1871 avec l’unification de l’Italie, ou témoignage des découvertes d’Herculanum
et Pompéi. Enfin, elle devient un moyen pour l’artiste d’étudier un sujet avant
d’en faire une œuvre.
Dans les salles qui se succèdent d’une manière thématique, on retrouve les
plus grands noms de la photographie du XIXème siècle : Ferdinando Artaria
, Giacomo Caneva, Alphonse Bernoud pour les paysages, John Ruskin, Frédéric
Flachéron, Robert Mac Pherson pour l’architecture, Enrico Beguin pour les
œuvres d’art, Gustave Le Gray pour le conflit Italien, Giorgio Sommer pour
Pompéi, Carlo Baldassare Simelli , Carlo Naya, Edmond Lebel pour le peuple
italien et les modèles pour artiste. Chaque salle aborde un thème nouveau et
change alors la couleur de ses murs, rendant l’ensemble dynamique et vivant. De
temps en temps on se surprend à ne plus savoir ce que l’on a sous les yeux, une
toile ou une photo, mais peu importe, le résultat est beau et donne envie,
encore et toujours d’aller ou de retourner dans ce pays de beautés, qui, on le
sait, connaît des heures bien difficiles.