Beatriz Milhazes
Fondation Cartier
Du 4 avril au 21 juin 2009
http://fondation.cartier.com/
Je suis de ceux qui préfère ne par lire le synopsis d’un film avant d’aller le voir, qui préfère en savoir le moins possible, le moins d’avis, le moins d’information, pour découvrir plus, pour ne m’attendre à rien, pour ne pas me préparer. Il en est de même pour les expositions. J’entre alors dans la Fondation Cartier. La jeune fille à l’entrée me tend les feuillets d’introduction-explication, je les fourre rapidement dans mon sac.
J’ai l’impression que si, avant même de faire l’expérience de ce qui est présenté, on m’en explique le pourquoi du comment, le contexte, ou même si je lis un avis, une critique ; je ne réagirai pas pareil. J’aurai en tête déjà le ‘ mode d’emploi’ ou le ‘making of’’ de l’oeuvre qui viendrait parasiter ma propre réception. Je préfère être vierge d’information, entrer dans l’exposition et regarder simplement, comme on entre en terre étrangère, avec curiosité et appréhension, sans savoir où tout cela va bien nous mener.
J’entre donc dans l’ exposition comme on arrive à l’étranger, tout autour est nouveau, construit différemment que ce que l’on peut connaitre. Un autre univers, si cela fonctionne, nous entoure le temps du voyage et nous laisse ensuite impressions, souvenirs et réflexions.
Ici, aujourd’hui à la Fondation Cartier c’est doublement vrai. Le lieu est déjà comme un îlot. Un îlot de vitres et de végétation, où l’on oublie, à peine entré, le boulevard Raspail derrière et Paris. Un silence particulier s’installe celui qu’induit ce lieu et l’autre, le silence respectueux, le silence du regard qui est de mise lorsqu’on entre dans un musée.
Depuis le 4 avril la Fondation abrite les peintures de Beatriz Milhazes, pas seulement les toiles accrochées aux cimaises car l’artiste à aussi réalisé pour l’exposition, une composition très colorée en résonance avec ses peintures et avec la végétation du jardin en désordre qui entoure le bâtiment. Une fois à l’intérieur, les vitres colorées nous entourent où des motifs floraux peints renvoient une lumière chaude quand le soleil traverse et colore l’espace. A l’intérieur se projettent des reflets sur les murs blancs comme ceux de vitraux, à l’extérieur le jardin soudain jaune, rouge, orange, différent derrière ces filtres floraux.
Déjà le nom de l’artiste résonne étranger. C’est une introduction supplémentaire au voyage, qui ajoute à la lumière chatoyante, au silence soudain qui isole après le parcours en métro qui nous a amené ici.
L’exposition est extrêmement sobre dans sa scénographie. Mur blancs. Une toile par mur. Au total, autour d’une dizaine de peintures, présentées sans mise en scène particulière. La simplicité de tableaux accrochés au mur qui permet alors de se plonger dans l’image, dans la matière.
Il n’est pas compliqué ici de se laisser emporter. Un certain exotisme se dégage des compositions. Celles ci, très colorées, on pourrait dire abstraites, organisées de formes circulaires souvent, de motifs floraux, ornementaux qui se superposent. Des compositions presque ‘musicales’, rythmées de formes et de couleurs qui plongent complètement dans un rêve doucement, un rêve où des femmes en robes de dentelles, des enfants qui jouent ( formes circulaires : ballon, cerceau...), un carnaval, une danse. Quelque chose dans l’agencement des couleurs et de formes que l’on sent venir directement d’une culture, d’un vécu, viennent se mélanger à d’autres plus formes plus imaginées ou ressenties.
Les toiles plongent dans un hypnotisme qui déclenchent l’imaginaire.
Je me suis retrouvée là, absorbée par les formes comme devant les motifs de la tapisserie de chez mes grands parents, regardant depuis toujours les formes compliquées qui se répètent du sol au plafond sur le papier peint, les formes qui se confondent et où les pensées finalement se perdent en suivant des yeux les lignes environnantes.
Cette exposition à donc été pour moi une invitation au voyage. Une coupure réussie du monde au dehors.
Quelques heures plus tard, j’ouvre le fascicule de l’exposition : ‘ Née a Rio de Janeiro (...) ‘ et s’ensuivra des phrases bien construites exprimant ce qu’on avait pressenti : les influences musicales et abstraites, l’inspiration de formes tirées directement du pays natal, de son décor , de son artisanat (dentelle, joaillerie, végétation) et de ses traditions (carnaval, architecture...).
Avant ça, le sous sol de la Fondation Cartier m’avait déjà offert un deuxième voyage, car ce n’est pas une mais deux expositions qui s’y tiennent en ce moment. Eggelston y est aussi exposé, mais ce sera le sujet d'une prochaine chronique.