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Allez au théâtre et oubliez que vous y êtes ! A voir : L'homosexuel ou la difficulté de s'exprimer de Copi.

Par Anne Collongues Le 27/04/2009 à 19:48
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l'affiche.

l'affiche.

L'homosexuel ou la difficulté de s'exprimer. Théâtre de l'Essaion
Du 1 Avril 2009 au 14 Mai 2009 Tous les mercredis et jeudis à 21 h30

http://www.compagnielalibi.com/

http://www.essaion-theatre.com/

 

 

Le plus souvent, j’écris ‘ à chaud ’, le lendemain souvent, pour ne pas laisser filer avec les jours, les impressions ressenties, pour avoir bien en tête les images, les réflexions. Mais pas cette fois. Cette fois, j’ai laissé passer le temps un peu par mégarde, ou c’est plutôt le temps qui a passé sans se faire remarquer. Et me voilà devant la page, à presque dix jours de ce moment : deuxième rang, fauteuil rouge, petite salle de théâtre derrière Beaubourg.
L’intervalle entre l’expérience et l’écriture à gommé pour moi le superflu. Ce qui reste aujourd’hui de ce temps, non pas simple moment au théâtre, sortie de la semaine, mais ce temps définitivement ailleurs, quelque part en Sibérie : ce qu’il en reste, ce qui tient encore, c’est l’important.

Cette sensation d’abord de voyage. Voyage fixe dans l’espace. Huis clos. Un décor épuré, une pièce qui serait le salon avec porte-manteau, chaise, et table. Mise en scène simple qui s’oublie presque. Simple point d’accroche, point d’appui pour les corps : la chaise sur laquelle on se laisse tomber, le porte-manteau pour les accessoires et la table pour la bouteille, la mirabelle qui réchauffe. La mise en scène précaire, dénudée, en adéquation avec le contexte, laisse voir ou imaginer les failles dans le mur, le vide de la pièce et sa froideur accentuée, le manque d’argent pour meubler. Dans cet espace sans fioritures, les voix qui s’élèvent résonnent plus fort encore, en se cognant contre les murs vides. Et contraste plus violemment les couleurs criardes des vêtements, la singularité de ces trois corps, ces personnages nettement dessinés dans un décor qui simplement met du bois sous leur pieds pour qu’ils aient quelque part où tenir, quelque part où s’effondrer.
Nous ne sommes pas seulement transportés là, dans cette pièce unique mais aussi dans son hors-champ, qui devient presque palpable, par la force et la subtilité de l’évocation. Les échos des cris à l’étage, les bruits qu’on tente de percevoir (spectateurs et acteurs réunis), du traineau tiré par les chiens qui devrait déjà être arrivé, évoque cette Sibérie gelée et immense, peuplée de cosaques qu’on imagine patibulaires et buvant jusqu’à êre ivre mort.

Mais cette déportation n’est pas évidente, n’est pas instantanée. Il faut les mots, les voix, il faut l’histoire qui se joue, le nœud inextricable devant soi, il faut que les cris et les silences nous atteignent pour que cette salle de théâtre disparaissent complètement. Et plus les minutes réelles défilent, moins la réalité est présente. Il ne reste que ces trois personnages ni femmes, ni hommes qui s’aiment ou se sont aimés, qui ont pour des raisons différentes changés de sexe et se retrouvent au milieu de nulle part, mais ensemble au centre de la pièce, affreuses et belles, terrifiantes et touchantes.

Je n’ai pas envie de dévoiler la narration qui me semble secondaire, le pourquoi les personnages sont là et ce qui adviendra ensuite, ce qui est important c’est ce temps présent où l’on entrevoit la complexité humaine, pas tant au niveau d’un rapport à sa sexualité, qu’au niveau des sentiments et des désirs qui l’animent et le poussent à agir maladroitement, violemment, amoureusement.

Il y aurait beaucoup à dire. Dire comment le jeu des trois actrices parvient à nous faire oublier l’illusion que c’est du jeu justement.
On croit savoir, nous spectateur avertis, que cette bouteille de verre, supposée être alcool de mirabelle, est remplie d’eau. Puis on doute et ça n’est plus d’importance, mais la bouteille est là bien présente et on finit par sentir dans leur gorge la brulûre quand elles boivent.
On croyait savoir, mais on ne sait rien, et les actrices réussissent à nous éloigner de de nos vies, à nous saisir pour nous permettre de plonger entièrement dans les leurs, de regarder autrement.

Allez découvrir ce texte de Copi et ces jeunes actrices épatantes, je vous laisse au résumé baroque et intriguant de la pièce.

Auparavant, elles étaient des hommes, mais elles ont changé de sexe et ont été déportées ensemble. Ces deux personnages, amantes autrefois, vivent désormais comme mère et fille.
Ce sont Madre, matrone hystérique et Irina, jeune fille délurée et inconsciente qui ne pense qu’à se faire « sauter par des cosaques » au grand damne de Madre qui voudrait qu’elle assiste à ses cours de piano. Garbo, grande bourgeoise est la professeur de piano. Follement éprise d’Irina, elle veut l’emmener en Chine. Aidée par deux militaires : Garbenko (son mari) et Pouchkine (un ex-amant), elle tente de rejoindre le pays de son enfance et de l‘emmener loin de la haute autorité de Madre.

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