C’est
en ce moment et jusqu’au 11 mai que le Centre Pompidou nous donne l’occasion de
découvrir les dessins d’Asger Jorn (1914-1973). De nationalité danoise, Asger
Jorn est l’un des fondateurs du mouvement CoBrA créé en 1948 et réunissant des
artistes d’Europe du Nord dont la pratique se réfère à l’expressionnisme, au
surréalisme, à l’art populaire nordique et à l’art primitif.
L’exposition
présente une centaine de dessins et d’aquarelles de l’artiste, datés de 1937 à
1973, du début de sa carrière à la fin de sa vie. L’accrochage chronologique
nous permet d’observer la manière dont Jorn explore l’espace de la feuille tout
au long de ces années. On sent les premiers dessins empreints de certaines
influences (Kandinsky, Miro), on identifie effectivement sans peine les traits
et les formes caractéristiques des grands mouvements artistiques de l’époque.
Jorn ne se détache pas du support du papier, mais il quitte peu à peu ces
appartenances stylistiques en explorant tous les medium qui permettent de le
recouvrir : encre de chine,
aquarelle, acrylique, gouache, crayon, craie, collage, feutre. Du trait à la
tâche, du trait continu au griffonné, du noir et blanc à la couleur, de la
figure à la forme, on sent chez l’artiste une passion pour la pratique même du
dessin, un désir d’en explorer l’étendue, les limites.
Dans
les premiers dessins, la figure humaine est souvent représentée, mais déjà elle
annonce l’abstraction vers laquelle elle tend. Les corps se transforment d’une
esquisse à l’autre, laissant place à des figures de plus en plus animales,
monstrueuses. Des étranges personnages envahissent les feuilles, n’étant
suggérés parfois que par une paire d’yeux exorbités ou une grande bouche
ouverte sur des rangées de dents pointues. Et peu à peu la figure disparaît
sous la forme et c’est le souvenir qu’on en garde qui nous donne l’impression
de voir encore quelques silhouettes fantomatiques, quelques ombres perdues.
Les
dessins d’Asger Jorn ne sont pas là pour nous rassurer. Connotations
troubles, Nostalgie, La cité en flammes, sont quelques uns des titres
qui accompagnent l’œuvre, un témoignage de plus d’une époque inquiétante.
Une
œuvre poignante comme le souvenir d’un cauchemar.