Le Musée des Beaux Arts de Lyon nous présente actuellement
le destin de la « Merveilleuse » Juliette Récamier, femme
d’esprit et de goût née à Lyon en 1777.
Plutôt qu’un portrait, l’exposition propose d’explorer ce
personnage à travers son rapport aux arts, d’étudier sa personnalité en
fonction de sa passion à la fois pour les Beaux-Arts, l’ameublement, la
décoration intérieure et les costumes. Le premier tableau de l’exposition, La chambre de Madame Récamier à l’Abbaye-aux-Bois
peint par François-Louis Dejuinne en 1826,
résume ceci à la perfection. Dans cette huile sur toile, de petite
dimension, Juliette Récamier apparaît à la fois en tant que modèle d’un
portrait, collectionneuse par les œuvres disposées autour d’elle, femme
d’esprit par la bibliothèque, musicienne par la harpe et surtout femme de goût
par son attention à la mode et au décor intérieur.
Juliette
Récamier aura fait preuve d’une grande
modernité dans son approche des différents champs artistiques en les mettant au
service d’une image, la sienne. Et des images, il y en aura de nombreuses,
puisqu’elle fut le personnage le plus représenté de son époque.
C’est à travers ses portraits peints et ses bustes sculptés
des premières salles consacrées au « visage de Juliette », que l’on
plonge en plein cœur du XIXe siècle et du Néoclassicisme. Muse, elle apparaît
surtout ici comme commanditaire et collectionneuse. Apportant ainsi son soutien
aux artistes de son temps. Les plus célèbres portraitistes tels les peintres
Jacques-Louis David et François Gérard ou le sculpteur lyonnais Joseph Chinard
seront sollicités. Quelques années plus tard, elle inspire également le grand
artiste italien Antonio Canova avec qui elle nouera d’étroits liens d’amitié.
Mais cette amitié ne mettra pas le plus célèbre sculpteur européen de sa
génération à l’abri de la critique de la belle lyonnaise, qui ne se reconnaîtra pas dans la série de têtes
idéales qu’il fera d’elle et que l’on admire ici avec délectation. Ainsi,
Juliette Récamier sera rarement satisfaite de ses portraits, Jacques-Louis
David, dont la réputation n’est alors plus à faire, se heurtera également au
désir de contrôle de son modèle. Le portrait qu’elle lui avait commandé restera
inachevé et ce sera son élève, François Gérard qui mènera le projet à bien.
Plus loin
dans l’exposition, le spectateur découvre une autre facette du désir de
Juliette Récamier de maîtriser son image grâce à la mode, usant des codes
vestimentaires de son temps pour devenir un modèle d’élégance adulé et copié.
Grâce à une ravissante collection de robes et d’accessoires, on imagine
Juliette, apparaître en public, toujours vêtue d’une robe de coton blanc, de
petites chaussures plates, d’un châle dans les tons jaune ou ocre, d’un voile
en mousseline, le tout accessoirisé de perles. Son décolleté profond et le jeu
de transparence des tissus créant une suggestion érotique, assurance de ne pas passer inaperçue.
Juliette
Récamier fera ainsi sa place dans la société frivole du Directoire. Poussée par
sa mère, elle reprendra le salon de cette dernière fréquenté par des hommes de
lettres, des lyonnais de passage et autres gens du monde. Son salon prendra
rapidement de l’ampleur et comme nous l’illustre le deuxième étage de
l’exposition, abandonnera son caractère mondain pour prendre une orientation
littéraire sous l’impulsion de ses amis écrivains tels que Germaine de Staël
puis de François René Chateaubriand. Sociabilité et amitié sont au centre de la
vie de Juliette.
L’espace
suivant est consacré aux décors et à la collection de Madame Récamier. En 1798,
au sommet de leur puissance financière, les époux Récamier emménagent à L’Hôtel
de la rue du Mont-blanc, dans le quartier très prisé de la Chaussée d’Antin. Le
couple, fait appel à l’architecte Louis Martin Berthault pour le décor, ainsi
boiseries, tentures, mobilier créent un ensemble harmonieux dont un lit et un
chevet estampillés Jacob Frères sont présentés ici.
L’Hôtel particulier devient un véritable laboratoire du goût
nouveau à l’antique et par le succès des ses aménagements intérieurs, Juliette
Récamier, devient également source d’influence en matière de décoration. Même
après avoir subi un revers de fortune, l’obligeant à emménager dans un deux
pièces situé au deuxième étage du couvent de l’Abbaye-aux-Bois, Juliette
Récamier conservera ce souci du détail et de l’accueil dans un intérieur au
décor raffiné, comme en témoignent ici son mobilier de salon et sa vaisselle
aux monogrammes et liserés dorés.
Toute sa
vie Juliette Récamier restera égale à elle-même, conservant le même style
et son goût pour le néoclassicisme,
passionnée d’art en général et ne renonçant pas aux portraits. Ainsi, la dernière salle nous offre un portrait
de cette femme à cinquante ans résolument moderne dans sa manière de véhiculer
son image. Devenue une véritable icône surtout grâce à ses portraits dont le
plus célèbre, celui de David, conservé au Louvre sera réinterprété dans l’œuvre
de Magritte, le surréaliste, Perspective, Madame Récamier de David qui
termine avec perfection cette exposition.