Pari tenu. La rétrospective dirigée par Alain Cueff (1), focalisée sur l’exposition de plus de 200 portraits réalisés des années 1960 à 1987, met en relief l’intérêt de ce qui constitua la majeure partie du travail de Warhol. L’ouvrage de Carter Ratcliff, Andy Warhol Portraits (2007), avait déjà entrepris de rassembler de manière plus exhaustive l’iconographie portraitiste de l’artiste. Warhol laissera finalement à sa mort plus de 400 portraits, exécutés en l’espace de 14 ans.
L’exposition se compose d’une dizaine de sections thématiques. Se côtoient des portraits de génies comme Einstein, de stars du cinéma comme Clint Eastwood ou Nathalie Wood, de galeristes comme Léo Castelli, d'hommes politiques comme Lénine ou Mao (2)… Warhol parvient ici à « standardiser l’unique », en produisant des sérigraphies à partir d’images parfois déjà connues. La banalisation de l’image est sans cesse mise en question. Egalement, la recherche de l’identité et la saisie de l’être humain par le portrait a conduit l’artiste à une sorte de phénoménologie artistique. L’identification d’un homme passe en premier lieu par l’identification de son visage, et Warhol donne un sens à cela en décrivant plastiquement ce qui lui apparaît.
Ensuite, des ensembles d’autoportraits dispersés dans les collections ont été rassemblés pour l’exposition (3). On peut ainsi voir côte à côte, par exemple, 4 versions différentes du même autoportrait de 1966-67 : le premier appartient au Musée de Saint Etienne, le second à la collection Stefan T. Edlis, et les deux derniers au musée Andy Warhol de Pittsburgh. Cet éclatement géographique d’œuvres si intrinsèquement liées ne peut pas concrètement desservir leur puissance si elles sont exposées seules, d’où l’intérêt de la démarche d’Alain Cueff. Il a visiblement fait cet effort concernant toutes les séries d’autoportraits exposées.
Par ailleurs, Andy Warhol réalise beaucoup de portraits de ses proches, qu’ils soient simplement des amis ou bien acteurs du marché de l’art. Il passe à la vitesse supérieure en 1972 en faisant énormément de portraits de commande qu’il fait payer 25 000 dollars le premier panneau, 15 000 les suivants. Pour exécuter ces portraits, il utilise des photographies, des polaroïds, et pour certains de ses commanditaires, des photomatons que l’on trouve exposés non loin des sérigraphies. Près des 36 portraits d’Ethel Scull, collectionneuse New-yorkaise, sont visibles les photomatons à l’origine de l’œuvre. C’est d’ailleurs la première commande de Warhol, en 1963. On peut bien saisir ici toute l’importance de la photographie dans le travail de l’artiste, qui reste malgré tout plus ou moins filigranée en raison de la peinture qu’il applique à ses sérigraphies.
Egalement, autour de l’exposition ont lieu des projections. C’est rendre hommage à Warhol, qui, au-delà de son activité de peintre, a également été producteur et cinéaste. Il déclarait d’ailleurs en 1972 abandonner la peinture pour le cinéma, mais ce n’était que pour mieux y revenir plus tard, avec la série des Mao. Une facette bien développée dans l’exposition. Une série de films en noir et blanc (1964-66) est montrée sur 24 écrans, et, plus loin, une section est consacrée à sa participation à Interview Magazine, revue de cinéma. Ce périodique permettra d’ailleurs à l’artiste d’interviewer des personnalités qui seront en même temps des commanditaires potentiels de ses sérigraphies.
(1) Alain Cueff est également auteur d'un essai sur l’artiste, Warhol à son image.
(2) La pièce presque uniquement consacrée à Mao est d’ailleurs la plus surprenante, le commissariat ayant jugé bon d’appliquer au mur un papier peint reproduisant sa tête en série, rendant ainsi les œuvres nettement moins lisibles.
(3) La majeure partie est tout de même localisée dans celle de José Mugrabi, la Andy Warhol foundation for the Visual Arts et le musée Andy Warhol à Pittsburgh.