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Culture sur étoffe: tapisseries d'artistes Inuit de la collection Judith Burch

Par Marianne Bordreau Le 11/05/2009 à 12:39
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Irène Avaalaaqiaq, "Dancing in the Moonlight", 2002.

Irène Avaalaaqiaq, "Dancing in the Moonlight", 2002.

 

L'exposition Culture sur étoffe, proposée actuellement par le Centre culturel canadien dans le cadre des célébrations du 10ème anniversaire de Nunavut, présente dix-neuf tapisseries inuites créées par des femmes du hameau de Baker Lake. Les œuvres, provenant de la collection Judith Burch, ont déjà été présentées en Russie et au Japon. Depuis l'Exposition Universelle de Montréal en 1967, l'art inuit suscite l'intérêt et se fait connaître au-delà du continent américain. Ce n'est qu'à ce moment-là que l'art devient une source de revenus pour le peuple inuit.

Dès les années soixante, les femmes de Nunavut transposent leur savoir-faire de couturières sur des productions d'art textile, ce qui leur permet de transmettre leur histoire et leurs croyances, car il n'existe pas de tradition écrite. Les coutures, principalement réalisées sur du tissu feutre, donnent un poids visuel à ces productions en deux dimensions, d'autant que la couleur des fils utilisés sont différentes de celle qui a été choisie pour le tissu support. Sont donnés à voir dans ces tapisseries le quotidien, les traditions, les mythes qui structurent la culture inuite, et tout cela dans un style narratif.

Dans un premier temps, Nancy Segova (Community, 1999), dépeint la société inuite dans son quotidien, en représentant ses pairs à la chasse avec leurs arcs et flèches, des traineaux. En représentant une scène de pêche, Naomi Itya rend également compte de la faune aquatique et des instruments de pêche utiles aux inuits. Elle réalise aussi une tapisserie où l'activité de pêche de ses pairs, en kayak cette fois, est complétée par la présence d'enfants.

Également, certaines étoffes introduisent à l'art de vivre dans la société inuit. Des scènes de danse ponctuent l'exposition: Irène Avaalaaqiaq nous transporte dans la transe d'une Danse sous la lune (2002), Ruth Tapatai guide le public au gré des Drum dancers (2002). Cette tapisserie, plus abstraite et décorative, montre quatre hommes vêtus de rose et noir, tapant simultanément sur un tambour. Par ailleurs, les mythes sont représentés, comme par exemple La légende de Kiviuk, réalisée par Victoria Mamnguqsualuk (2001). Les histoires de Kiviuk traversent l'Arctique : cet aventurier en partance pour de nouvelles aventures est un héros légendaire qui vit par ses expériences de l'inconnu.

Par ailleurs, la représentation des animaux, dans un style naturaliste, montre l'importance de la faune locale. Gloria Inugoq (Animals in the North, 2003) propose une vision hyper-structurée des différents types d'animaux qui sillonnent son environnement: Oiseaux, troupeaux de cervidés, loups... La chasse à l'ours polaire, de Mary Yuusipik, présente également un intérêt dans sa représentation des végétaux, qui font penser aux feuilles de palmier de Matisse dans sa série Jazz. Enfin, la très étonnante et colorée tapisserie d'Irène Avaalaaqiaq (Transformation, 2000) fait encore davantage appel à l'imaginaire, formes humaine et animale se confondant pour former une entité unique, presque totémique.

Quelques étoffes, plus abstraites, appellent une réflexion sur le développement de l'imaginaire inuit. Transformation (2002), une tapisserie impressionnante dans les formes et les couleurs utilisées, présente une ribambelle de têtes rouges se détachant d'un fond outremer. Elles forment presque une sorte de vague, qui pourrait rappeler les motifs grecs anciens. Egalement, Abstraction (2001) nous transporte dans un univers de formes indéfinies, qui n'est pas sans rappeler le Bleu de Ciel de Kandinsky (1940).

Encore méconnu du grand public, l'art inuit contemporain (sculptures, estampes, tapisseries...) est aujourd'hui bien représenté par le musée des Beaux-Arts de Winnipeg (Canada), qui en détient la plus grande collection au monde.

 

Pour compléter ses connaissances sur l'art Inuit contemporain:

une bibliographie assez complète, mise en ligne sur http://www.virtualmuseum.ca/Exhibitions/Holman/francais/ref_popup.php3#ja est disponible.

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