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De Corot à l'Art Moderne, souvenirs et variations

Par Antoine Lepetit Le 11/05/2009 à 17:19
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Jean-Baptiste Camille Corot / Paul Cézanne

Jean-Baptiste Camille Corot / Paul Cézanne

Dépoussiéré le Musée des Beaux-Arts de Reims. Depuis qu'un nouveau conservateur, David Liot, a pris la direction du musée il y a quelques années, celui-ci change, se modernise progressivement, revit pour le plus grand plaisir des visiteurs rebutés par l'austérité d'antan. En témoigne la dernière exposition en date : De Corot à l'Art Moderne, souvenirs et variations, véritable succès critique et public comme le montre les premiers chiffres de fréquentation et les échos que l'on peut entendre à droite, à gauche.

 

Il faut savoir que l'exposition a préalablement été montée au Japon par Le Louvre où elle a attiré plus de 500 000 visiteurs. Mais en France, quel autre musée que le Musée des Beaux-Arts de Reims pouvait rendre un hommage à Corot ? Depuis toujours le peintre est la vedette de la collection permanente, le fond le plus important d'œuvres de Corot après Le Louvre sur le plan international. Jusqu'à peu, une pièce sombre abritait une bonne vingtaine de paysages mystérieux du peintre, condamnés à moisir dans d'atroces conditions d'exposition – des tableaux collés, presque les uns sur les autres – dans ce petit musée de province. Pourtant, Jean-Baptiste Camille Corot (1796-1875) mérite mieux que ça.

 

Peintre de paysages formé dans la tradition classique, il a notamment été inspiré par les peintres du réalisme hollandais et de l'école anglaise. Il a livré une œuvre colossale qui rencontrait déjà du succès de son vivant. On sait aujourd'hui qu'il commençait des paysages à l'extérieur qu’il retravaillait ensuite dans son atelier en fonction de ses souvenirs, une méthode sur laquelle il s'exprimait ainsi : « J’interprète avec mon cœur autant qu’avec mon œil ». Aujourd'hui, la salle du musée (« Corot à Reims ») rassemblant la plupart de ces tableaux a été réorganisée, remodelée, entièrement rénovée et redonne au peintre la place qu'il mérite. L'exposition actuelle renforce ce sentiment par le biais de salles thématiques présentant son œuvre dans toute sa diversité en y accolant systématiquement un tableau d'une avant-garde étroitement lié.

 

Dans cette exposition, en proposant de montrer de manière presque didactique l'influence de Corot dans la grande histoire de l'art moderne, de l'impressionnisme à l'abstraction, le commissaire de l'exposition réalise un tour de force assez incroyable. D'analogies audacieuses en comparaisons judicieuses, l'œuvre de Corot prend une autre dimension. Finis les paysages réalistes et ternes, Corot devient source de lumière, vecteur de modernité. Paul Cézanne, Auguste Renoir, Henri Matisse, Piet Mondrian, Pablo Picasso, Claude Monet : les noms réunis pour l'occasion font rosir de plaisir. Des tableaux venus du monde entier. Les prêts rassemblés par le conservateur force le respect. Qui aurait cru pouvoir admirer des œuvres du Hammer Museum de Los Angeles ou du Van Gogh Museum d'Amsterdam à Reims ?

 

Progressivement, le visiteur se laisse happer par la justesse de l'assertion, par la facilité de la comparaison, par la rigueur de l'argumentation. On aimerait trouver quelque chose à redire au raisonnement, mettre en doute la démonstration. Comment ce peintre à première vue académique a-t-il pu influencer les plus grands noms de la peinture moderne ? En quoi le traitement de ses paysages et de ses personnages préfigure l'impressionnisme, le fauvisme, le cubisme et même l'abstraction de Kandinsky ? Pourtant, les parallèles sont saisissants, la théorie sans appel. Sans peine, l'exposition confirme l'argutie considérant Jean-Baptiste Camille Corot comme « le dernier des classiques et le premier des modernes ». Indéniablement, c'est une exposition dont Corot sort grandi. Il est comme mis sur un piédestal, à la hauteur des grands maitres qui admettent son influence essentielle dans leur démarche.

 

Ainsi, même si le lieu est toujours aussi exigu et sent le vieux à des kilomètres à la ronde, la nouvelle présentation de la collection permanente et les expositions temporaires surprenantes affichent la nouvelle ambition d'un musée trop longtemps endormi. De Corot à l'Art Moderne se révèle particulièrement représentatif de ce mouvement récemment entrepris s'ouvrant aussi bien sur l'art contemporain que sur des mouvements artistiques plus classiques.

Une exposition à découvrir d'urgence jusqu'au 24 mai.

 

Visuels :

En haut : JEAN-BAPTISTE CAMILLE COROT, Jeune italien assis, vers 1825-1827, huile sur papier marouflé sur toile, 23,5 x 29,3cm, Reims, musée des Beaux-arts. Photo © C.Devleeschauwer.

En bas : PAUL CÉZANNE, Garçon étendu dans l’herbe, vers 1887, huile sur toile. 54 x 65.3cm. The Armand Hammer Collection. Gift of the Armand Hammer Foundation. Hammer Museum, Los Angeles, California. Photo © Ed Cornachio

Pour en savoir plus
Par Antoine Lepetit Le 11/05/2009 à 17:25

Lieu : Musée des Beaux-Arts de Reims, Reims

Période : Du 20 février 2009 au 24 mai 2009

Du 20 février au 24 mai 2009, le musée des Beaux-arts de Reims propose, en partenariat avec le musée du Louvre, une exposition exceptionnelle consacrée à Camille Corot. Rares sont les expositions qui se sont intéressées ces dernières années à l’artiste. Aucune n’a jamais proposé comme celle-ci une approche comparative de l’œuvre de Corot avec des œuvres de Renoir, Cézanne ou Matisse. Le musée des Beaux arts de Reims, qui abrite 27 œuvres du peintre, se devait donc d’accueillir à Reims la seule version française de l’exposition De Corot à l’Art moderne, souvenirs et variations, proposée par le musée du Louvre au Japon. Un rendez-vous à ne pas manquer. Plus qu’une simple rétrospective, l’exposition...

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