Dépoussiéré
le Musée des Beaux-Arts de Reims. Depuis qu'un nouveau conservateur,
David Liot, a pris la direction du musée il y a quelques années,
celui-ci change, se modernise progressivement, revit pour le plus
grand plaisir des visiteurs rebutés par l'austérité d'antan. En
témoigne la dernière exposition en date : De Corot à l'Art
Moderne, souvenirs et variations, véritable succès critique
et public comme le montre les premiers chiffres de fréquentation et
les échos que l'on peut entendre à droite, à gauche.
Il
faut savoir que l'exposition a préalablement été montée au Japon
par Le Louvre où elle a attiré plus de 500 000 visiteurs. Mais en
France, quel autre musée que le Musée des Beaux-Arts de Reims
pouvait rendre un hommage à Corot ? Depuis toujours le peintre est
la vedette de la collection permanente, le fond le plus important
d'œuvres de Corot après Le Louvre sur le plan international.
Jusqu'à peu, une pièce sombre abritait une bonne vingtaine de
paysages mystérieux du peintre, condamnés à moisir dans d'atroces
conditions d'exposition – des tableaux collés, presque les uns sur
les autres – dans ce petit musée de province. Pourtant,
Jean-Baptiste Camille Corot (1796-1875) mérite mieux que ça.
Peintre
de paysages formé dans la tradition classique, il a notamment été
inspiré par les peintres du réalisme hollandais et de l'école
anglaise. Il a livré une œuvre colossale qui rencontrait déjà du
succès de son vivant. On sait aujourd'hui qu'il commençait des
paysages à l'extérieur qu’il retravaillait ensuite dans son
atelier en fonction de ses souvenirs, une méthode sur laquelle il
s'exprimait ainsi : « J’interprète avec mon cœur
autant qu’avec mon œil ». Aujourd'hui, la salle du
musée (« Corot à Reims ») rassemblant la plupart
de ces tableaux a été réorganisée, remodelée, entièrement
rénovée et redonne au peintre la place qu'il mérite. L'exposition
actuelle renforce ce sentiment par le biais de salles thématiques
présentant son œuvre dans toute sa diversité en y accolant
systématiquement un tableau d'une avant-garde étroitement lié.
Dans
cette exposition, en proposant de montrer de manière presque
didactique l'influence de Corot dans la grande histoire de l'art
moderne, de l'impressionnisme à l'abstraction, le commissaire de
l'exposition réalise un tour de force assez incroyable. D'analogies
audacieuses en comparaisons judicieuses, l'œuvre de Corot prend une
autre dimension. Finis les paysages réalistes et ternes, Corot
devient source de lumière, vecteur de modernité. Paul Cézanne,
Auguste Renoir, Henri Matisse, Piet Mondrian, Pablo Picasso, Claude
Monet : les noms réunis pour l'occasion font rosir de plaisir. Des
tableaux venus du monde entier. Les prêts rassemblés par le
conservateur force le respect. Qui aurait cru pouvoir admirer des
œuvres du Hammer Museum de Los Angeles ou du Van Gogh Museum
d'Amsterdam à Reims ?
Progressivement,
le visiteur se laisse happer par la justesse de l'assertion, par la
facilité de la comparaison, par la rigueur de l'argumentation. On
aimerait trouver quelque chose à redire au raisonnement, mettre en
doute la démonstration. Comment ce peintre à première vue
académique a-t-il pu influencer les plus grands noms de la peinture
moderne ? En quoi le traitement de ses paysages et de ses personnages
préfigure l'impressionnisme, le fauvisme, le cubisme et même
l'abstraction de Kandinsky ? Pourtant, les parallèles sont
saisissants, la théorie sans appel. Sans peine, l'exposition
confirme l'argutie considérant Jean-Baptiste Camille Corot comme
« le dernier des classiques et le premier des
modernes ».
Indéniablement, c'est une exposition dont Corot sort grandi. Il est
comme mis sur un piédestal, à la hauteur des grands maitres qui
admettent son influence essentielle dans leur démarche.
Ainsi,
même si le lieu est toujours aussi exigu et sent le vieux à des
kilomètres à la ronde, la nouvelle présentation de la collection
permanente et les expositions temporaires surprenantes affichent la
nouvelle ambition d'un musée trop longtemps endormi. De Corot
à l'Art Moderne se révèle particulièrement représentatif
de ce mouvement récemment entrepris s'ouvrant aussi bien sur l'art
contemporain que sur des mouvements artistiques plus classiques.
Une
exposition à découvrir d'urgence jusqu'au 24 mai.
Visuels
:
En
haut : JEAN-BAPTISTE CAMILLE COROT, Jeune italien
assis, vers 1825-1827, huile sur papier marouflé sur toile, 23,5
x 29,3cm, Reims, musée des Beaux-arts. Photo © C.Devleeschauwer.
En
bas : PAUL
CÉZANNE, Garçon étendu dans l’herbe, vers 1887, huile
sur toile. 54 x 65.3cm. The Armand Hammer Collection. Gift of the
Armand Hammer Foundation. Hammer Museum, Los Angeles, California.
Photo © Ed Cornachio