C'était pourtant l'enjeu de cette exposition: délester la Joconde de son poids d'icône. Trop lourd à porter sans doute, puisque l'artiste franco-chinois la consacre à nouveau, malgré sa volonté de l'entourer d'un ordre funeste. Près de l'œuvre (exposée au centre de cinq toiles monumentales qui forment un polyptique), un portrait de son père décédé et un autoportrait mettant en scène sa propre mort. Cette idée n'est pas celle que capte d'abord le public, notamment par le choix de l'accrochage : au-dessus des œuvres de Yan Pei Ming trônent celles du Louvre, n'ont pas été ôtées pour l'exposition mais juste rehaussées.
C'est la première fois qu'un portrait de Mona Lisa se trouve si près de l'original: on aurait espéré le voir en vis-à-vis, d'autant que le Louvre, propriétaire de la toile de De Vinci, pouvait s'organiser facilement pour que ce soit possible. Les Portes du Ciel ont bien récupéré des œuvres exposées dans la section des antiquités égyptiennes. Le choix de ne pas exposer dans la même pièce les deux Mona Lisa suggère une distance symbolique mal assumée.
La Joconde de Yan Pei Ming, commandée par le Louvre pour permettre à un artiste vivant de travailler sur une œuvre appartenant à ses collections, conserve également une distance vis-à-vis de l'original sans l'évincer : même si la copie du portrait est saisissante, le paysage est par contre formé d'interprétations et d'ajouts (on peut discerner comme des vanités). Les deux toiles qui entourent Les funérailles de Mona Lisa sont des prolongations du paysage original, et si le spectateur veut le saisir, il doit s'en éloigner significativement; la version de DeVinci, au contraire, demande qu'on s'en approche pour en saisir les détails.
On attend en tout cas avec impatience l'intervention de Cy Twombly en 2010, cette fois dans la section consacrée aux bronzes. Il serait juste de saluer l'initiative du Louvre, qui depuis 2003 et une nouvelle présidence (sous la houlette d'Henri Loyrette) tente d'actualiser les collections en introduisant de l'art contemporain dans ses murs. Des commandes passées à des artistes vivants ponctuent également le musée qui, non loin des toiles de Yan Pei Ming, voit par exemple des sculptures et toiles d'Anselm Kiefer immortalisées. Mais que signifie ce développement progressif de l'introduction d'œuvres contemporaines dans des lieux tels que le Louvre, ou récemment Versailles avec l'exposition Jeff Koons? Faire des publics un seul public?