S'enorgueillissant d'être la première manifestation du genre rassemblant 180 panneaux italiens du XIIIème au XVème siècle, l'exposition de peinture primitive italienne provenant de la collection d'Altenbourg (1) a trouvé un écrin parfait en se montrant au Musée Jacquemart-André. Le lieu expose en effet de manière permanente des chefs-d'œuvre italiens, datés du quattrocento : on peut déjà y voir des œuvres de Mantegna ou Bellini. Egalement, du côté du marché de l’art, seule la galerie G.Sarti reste spécialisée en oeuvres provenant de primitifs italiens.
L'innovation technique principale des primitifs italiens est le passage de la peinture murale à la peinture sur bois amovible. Les artistes, alors considérés comme de simples artisans, répondent plastiquement aux commandes qu'on leur passe: c'est pourquoi, y compris dans cette exposition, les sujets représentés tiennent tous du domaine religieux (2). Les panneaux montrés, que Von Lindenau acquiert en seulement dix ans, proviennent par ailleurs des écoles concurrentes de Sienne et de Florence. Sienne s'affiche, lors de cette période dite « gothique », comme lieu d'expérimentation artistique majeur dans un contexte particulièrement fécond. Von Lindenau semble d'ailleurs respecter cette prédominance culturelle, puisqu'il n'acquiert que treize panneaux provenant de l'école florentine, dont quatre tempera exécutées par Fra Angelico entre 1429 et 1440. Ces dernières proviennent de polyptiques aujourd'hui dispersés, et ont pu être reconstituées grâce aux prêts des parties manquantes par des musées européens. Ici précurseur de la période renaissante, Fra Angelico propose des compositions rigoureuses, où transparaît une atmosphère de piété : ses trois figures de moines dominicains (Saint Jérôme, Saint Bernard et Saint Roch, v.1438-1440), qui ornaient les pilastres encadrant le retable de l'église Saint-Marc de Florence, évoquent un mode de représentation méditative.
Chronologiquement parlant, le premier panneau exposé date de 1270, alors que le premier panneau sur bois réalisé à Sienne (Le Rédempteur bénissant) date de 1215. Von Lindelau n'est pas tout à fait remonté aux origines de la peinture primitive italienne. Son attention semble avoir été surtout captée par les panneaux de Lippo Memmi, dont La Vierge à l'Enfant (v. 1320) présente un point culminant de l'esthétique gothique.
(1) Ville de Thuringe.
(2) Néanmoins, des sujets plus narratifs sont aussi visibles, tel Le retour de la Vierge à la maison de ses parents (v.1448-1452), tempera exécutée par Sano Di Pietro (1405-1481).