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Juliette Récamier : la vérité est ailleurs

Par Palimp7 Le 27/05/2009 à 17:56
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"Madame Récamier" portrait par François Gérard, 1805, collections du Musée Carnavalet

"Madame Récamier" portrait par François Gérard, 1805, collections du Musée Carnavalet

-Nom, prénom, âge, profession ?

 

-Récamier Juliette, vous le savez fort bien. Et enfin il suffit.  On ne demande pas l'âge d'une dame.... Ne vous a-t-on jamais rien appris ? Quant à un travail aliénant, il plut au ciel d'en avoir préservé des mains qui ont tant plu...

 

-Bon vous connaissez le topo ? On vous tient, c'est simple. Et c'est inutile de nier : on sait tout. C'est vous la première people. L'ancêtre de Britney, la matrice de Paris Hilton.

 

-Mais de qui diantre parlez-vous ? C'est encore un coup de la Tallien, n'est-ce pas ?

(http://www.paris.fr/portail/Culture/Portal.lut?page_id=6638&document_type_id=4&document_id=19798&portlet_id=15100&multileveldocument_sheet_id=2873 )

 

-Vous biaisez ? Très bien, j'en ai vu d'autres. Les preuves sont exposées en ce moment même au Palais des Arts de Lyon  jusqu'au 11 juin 2009. ( http://www.mba-lyon.fr/mba/sections/fr/actualites-musee/mba/sections/fr/actualites-musee/mba/sections/fr/expositions-musee/juliette-recamier-m/juliette-recamier-et )

 

-J'en suis fort aise...  J'ai toujours été fière de ma personne et de mon goût. N'ai-je pas été une des premières à diffuser largement des gravures à mon effigie ?

 

-Eh bien, vous êtes servie en tous cas : les deux étages d'exposition du Palais des Beaux Arts de Lyon accueillent votre mobilier sophistiqué réalisé sur mesures et selon vos instructions, vos toilettes révolutionnaires de simplicité et d'ambiguïté, vos innombrables portraits, ceux de vos amis, de vos amants...

 

-Je vous en prie, je suis une femme mariée. Vous pensez sans doute à Monsieur de Chateaubriand ? Vous l'avez vu tel que l'a peint Girodet dans ce tableau que j'aimais tant, ténébreux, échevelé ? ( http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/joconde_fr )  Quelle femme y resterait insensible...

 

-Et le dénommé Gérard, dont vous appréciez tant le portrait très suggestif qu'il a fait de vous ?

 

-Ah... le baron Gérard... S'il est vrai qu'il fût mon peintre, je fus également son sujet. David a bien essayé de me « croquer » mais je ne cadrais décidément pas avec son théâtre romain ( http://art.mygalerie.com/les%20maitres/dav8.html ). Quel ennui quand j'y repense, un peu comme cette discussion avec  vous. Vous ne souriez donc jamais ?

 

-Je ne sais pas. Mais vous, arrêtez de me regarder comme ça. Je ne sais plus où j'en suis à la fin. D'ailleurs votre visage, on ne sait pas vraiment à quoi s'en tenir. Tous ces portraits (sculptés par Canova, Chinard, peint par Gérard, David...) dans lesquels vous n'êtes...

 

-...ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre....

 

-Ca me rappelle un poème...  Et puis j'ai relevé ceci sur livre d'or de l'exposition. C'est daté du 24 avril 2009. « J'ai déjeuné dans le cloître avant de venir ici. En face de moi, une belle jeune femme fine, aux traits sensibles. Vêtue d'un chemisier marron. Elle est partie, un panier pic-nique à la main. Et je la retrouve ici ! Une seconde chance de profiter de sa beauté. L'ombre de celle de Juliette Récamier ? Vous revoir peut-être ...  F. le Marin ». C'était vous bien sûr ?

 

-Attention agent Mulder, vous devenez diablement sentimental...  Vous n'en êtes d'ailleurs  que plus séduisant...

 

-Hum...  Reprenons. Il y a forcément un portrait qui a gardé la trace de votre véritable personnalité...

 

-Vous voulez dire naturelle, sans affectation ? Je m'étonne que vous n'ayez pas déjà repéré ce petit tableau intime.

 

-Au rez-de-chaussée, avant de monter à l'étage ? Oui, là vous ne jouez plus, vous êtes vous-même. Mais quand même quelle drôle d'époque vous viviez. Vous étiez donc toujours en représentation ?

 

-Remarquez que j'ai toujours été fidèle à mon cercle lyonnais, que mes amitiés étaient sincères et que j'ai vécu pleinement selon mes goûts. Après la Terreur, Paris s'est déchainé dans une grande récréation mondaine, futile et joyeuse. Et un certain nombre de femmes à la suite Madame Tallien, menaient la danse. La presse et les caricatures nous avaient baptisé les « Merveilleuses ». Royaliste, Jacobin, Bonapartiste, que sais-je encore : dans mon salon, le plus fameux vous en conviendrez, vous ne deviez que me plaire. Brillant et léger ; émouvant et profond, chacun son style. Mais attention, ennuyez-moi et je vous révoquais d'un soupir ! Récidivez dans la balourdise, et le voile qui aurait immanquablement recouvert l'éclat de mes yeux suffisait à vous éloignez de mon salon pour un bon moment. Vêtue d'une simple tunique blanche, chastement étendue sur le lit de ma chambre à coucher dessinée par le célèbre ébéniste Jacob, je recevais la fine fleur des artistes et des écrivains. Complaisante sans jamais dépasser la limite de la décence, objet du désir de ces messieurs, je n'avais pas mon pareil pour conserver toujours ardente la passion qu'ils avaient de ma personne sans jamais me compromettre.

 

-Mais ce que vous me racontez ne ressort pas vraiment de l'exposition.

 

-C'est bien normal, cher ami. Les objets et le goût que j'ai développé sont là (jusqu'aux couleurs des murs qui reprennent les tonalités de mes intérieurs), mais sans l'esprit qui les animait. Il aurait peut-être fallu transcrire quelques extraits des correspondances que je suivais avec  Madame de Staël ou Monsieur de Châteaubriand. Vous auriez alors aperçu la trame de fond de nos vies.

 

-L'amour ? L'amitié ? L'art ?

 

-Oui et en un mot : la conversation.

Commentaires

 
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bozzarts 18/06/2009 à 19:44

Le musée des beaux-arts consacre une exposition à cette figure complexe qu'est Juliette Récamier. Pour en savoir plus : bozzarts.hautetfort.com

A bientôt !

bozzarts

 

Marianne Bordreau 29/05/2009 à 14:36

Que de talent! On aimerait toujours lire des chroniques (si on peut étiquetter cela comme ça) aussi vivantes et inventives!