Le regard vif et acéré de Willy Ronis s’est obscurci, samedi
12 septembre, définitivement.
Photographes et amateurs se sentent un peu orphelins, aujourd’hui,
tant son œuvre fut d’importance. Importante par la durée, certes,
mais importante surtout par la qualité technique, la qualité thématique, la
cohérence du tout.
Willy Ronis, c’était un regard. Un regard sur le monde qui évolue,
sur la société qui lutte, sur les hommes, les femmes et les enfants qui en sont
les acteurs. Un regard sur la France, sur l’Europe, sur le monde. Un regard souriant,
poétique, lucide aussi.
Ses clichés sont insolites, réalistes. La composition est
soignée, la lumière maîtrisée.
Le Front Populaire de 1936, les grèves des usines Citroën de
1938-39, le Paris d’après Guerre sont des sujets dont il aime décrire la beauté
et qui, pris sur le vif, font de lui ce que l’on appellera un photographe « humaniste ».
Il côtoie Capa, Cartier-Bresson, Brassaï et fait partie des plus grands.
Il se bat pour la reconnaissance de la photographie en tant
qu’Art.
Il reçoit les mérites et les décorations dues aux artistes
de sa trempe, et reste humble.
Agé de 99 ans, il était, cet été, aux Rencontres d’Arles,
vif, cordial, passionné. On l’y qualifia d’« Empereur » de la photo.
L’Empereur a fermé les yeux, emportant avec lui son regard.
Il nous laisse son œuvre, véritable trésor, dont l’Etat français est l’heureux
donataire…Humaniste, jusqu’au bout.