Ses œuvres s'arrachent par les collectionneurs et les plus
grands musées d'art moderne du monde. L'une de ses toiles « Le désespoir
de Pierrot » s'est vendue récemment 4,4 millions d'euros.
Une somme, en
temps de crise.
C'était lors de la vente de la
Collection Yves Saint-Laurent et Pierre Bergé. Or il est vrai que les prix atteint ce
jour-là ne sont pas une référence.
Peu importe. Ce fut quand même une enchère millionnaire.
De plus, le fait d'appartenir à la célèbre collection confirme
l'intérêt porté à l'œuvre de James Ensor. Intérêt pour l'artiste également, tant son œuvre
et sa personnalité sont étroitement liées. Liées à tel point que l'on ne sait plus si c'est l'œuvre qui
est à l'image de l'artiste ou si c'est l'artiste qui est à l'image de son œuvre...
Singulière parce qu'insolite ; riche parce que
variée ; subversive parce que burlesque ou acide. Libre parce que
véhémente et mordante.
Aussi macabre qu'onirique, aussi réaliste que caricaturale,
l'œuvre de James Ensor est faite de contrastes. C'est un univers en soit, dont
il est difficile de parler de manière ordonnée.
Alors commençons par l'artiste.
James Sidney Edward Ensor nait à Ostende, station balnéaire
Belge, en 1860. Sa famille, issue de la bourgeoisie locale, vit des fruits que
leur rapporte l'étrange boutique de « souvenirs et curiosités »
maternelle. Attiré par la peinture, James rejoint Bruxelles en 1877 pour y
suivre les cours de l'Académie. C'est un jeune homme entier, torturé, passionné
et engagé, sensible aussi, qui se fait connaître rapidement par sa peinture mais
qui souffre dès qu'il essuie un refus au Salon d'Anvers, de Bruxelles ou de
Paris.
Son œuvre, à cette époque (les années 80) est variée, se
classant selon les grands genres de la Peinture : portraits, natures
mortes, paysages, scènes de genre.
Ses compositions sont modernes, dotée d'un je-ne-sais-quoi
de japonisant dans leur composition ou d'une touche légèrement cubiste dans le
traitement des plans ...Les détails sont terriblement soignés, et du décor d'un
vase en porcelaine de Chine au pied d'un meuble joliment cambré, rien n'est laissé
au hasard.
Sa palette est lumineuse, constituée d'une harmonie de tons
bruns relevés par des touches plus vives. Nous sommes encore loin, de celle,
acidulée, des compositions animées et burlesques.
C'est en 1887 qu'à lieu le virage stylistique. A l'origine
de cette rupture, plusieurs éléments :
L'accueil mitigé réservé à sa série mystique « Visions.
Les Auréoles du Christ ou les sensibilités de la lumière », issue d'un
long travail sur la lumière ; la mort de son père et de sa
grand-mère ; le succès d'artistes avant-gardiste dont il ne comprend pas
l'avènement....
Son art se fait alors plus dur, moins convenu.
Son univers prend forme et apparaissent dans ses peintures des
personnages caricaturaux, tantôt squelettes, tantôt masques, qui n'appartiennent
qu'à lui. Le jaune, le rose, le bleu, le vert habille ces figures grimaçantes
ou hilares, porteuses de messages plus ou moins clairs, singeant une société et
une époque dont on veut taire les travers, les désordres. Et l'œuvre se fait
mordante, acide, dérangeante...
Nous apparaissent alors tous les talents de cet artiste,
dans lequel on retrouve ceux d'un caricaturiste hors-paire, d'un illustrateur,
d'un graveur, d'un humoriste aussi. Au regard de son travail, on ne peut
s'empêcher de penser à d'autres artistes, appartenant aussi bien au XIXème
siècle qu'au XXème siècle : Francisco Goya,
Honoré Daumier, Salvador Dali....Et James Ensor se fait alors héritier et
précurseur.
Le musée d'Orsay parvient brillamment à nous plonger dans
l'univers de cet étrange artiste, à nous donner clairement et simplement les
clés nécessaires à la compréhension du personnage et de son œuvre. Le parcours,
à la fois chronologique et thématique, est découpé en quatre thèmes qui sont
autant d'éléments constitutifs de l'œuvre de James Ensor :
La Modernité - La Lumière - La Satire - Le Culte du moi.
Des objets insolites, masques, coquillages, sirène, hérités
du cabinet de curiosité de sa grand-mère bien aimée rythment le parcours, nous
révélant l'une des sources d'inspiration de cet artiste hors du commun, qui, s'il
singeait les autres, avait l'élégance de savoir aussi se singer lui-même.