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James Ensor (1860-1949), un étrange univers

Par Lou W. Le 30/10/2009 à 13:57
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James Ensor (1860-1949)Squelettes se disputant un hareng saur1891huile sur boisH. 16 ; L. 21,5 cmBruxelles, Musées royaux des Beaux Arts de Belgique© ADAGP, Paris 2009 © MRBAB, Bruxelles

James Ensor (1860-1949)Squelettes se disputant un hareng saur1891huile sur boisH. 16 ; L. 21,5 cmBruxelles, Musées royaux des Beaux Arts de Belgique© ADAGP, Paris 2009 © MRBAB, Bruxelles

 

Ses œuvres s'arrachent par les collectionneurs et les plus grands musées d'art moderne du monde. L'une de ses toiles « Le désespoir de Pierrot » s'est vendue récemment 4,4 millions d'euros.

Une somme, en temps de crise.

C'était lors de la vente de la Collection Yves Saint-Laurent et Pierre Bergé. Or il est vrai que les prix atteint ce jour-là ne sont pas une référence.

Peu importe. Ce fut quand même une enchère millionnaire.

De plus, le fait d'appartenir à la célèbre collection confirme l'intérêt porté à l'œuvre de James Ensor. Intérêt pour l'artiste également, tant son œuvre et sa personnalité sont étroitement liées. Liées à tel point que l'on ne sait plus si c'est l'œuvre qui est à l'image de l'artiste ou si c'est l'artiste qui est à l'image de son œuvre...

 

Singulière parce qu'insolite ; riche parce que variée ; subversive parce que burlesque ou acide. Libre parce que véhémente et mordante.

Aussi macabre qu'onirique, aussi réaliste que caricaturale, l'œuvre de James Ensor est faite de contrastes. C'est un univers en soit, dont il est difficile de parler de manière ordonnée.

 

Alors commençons par l'artiste.

James Sidney Edward Ensor nait à Ostende, station balnéaire Belge, en 1860. Sa famille, issue de la bourgeoisie locale, vit des fruits que leur rapporte l'étrange boutique de « souvenirs et curiosités » maternelle. Attiré par la peinture, James rejoint Bruxelles en 1877 pour y suivre les cours de l'Académie. C'est un jeune homme entier, torturé, passionné et engagé, sensible aussi, qui se fait connaître rapidement par sa peinture mais qui souffre dès qu'il essuie un refus au Salon d'Anvers, de Bruxelles ou de Paris.

 

Son œuvre, à cette époque (les années 80) est variée, se classant selon les grands genres de la Peinture : portraits, natures mortes, paysages, scènes de genre.

Ses compositions sont modernes, dotée d'un je-ne-sais-quoi de japonisant dans leur composition ou d'une touche légèrement cubiste dans le traitement des plans ...Les détails sont terriblement soignés, et du décor d'un vase en porcelaine de Chine au pied d'un meuble joliment cambré, rien n'est laissé au hasard.

Sa palette est lumineuse, constituée d'une harmonie de tons bruns relevés par des touches plus vives. Nous sommes encore loin, de celle, acidulée, des compositions animées et burlesques.

 

C'est en 1887 qu'à lieu le virage stylistique. A l'origine de cette rupture, plusieurs éléments :

L'accueil mitigé réservé à sa série mystique « Visions. Les Auréoles du Christ ou les sensibilités de la lumière », issue d'un long travail sur la lumière ; la mort de son père et de sa grand-mère ; le succès d'artistes avant-gardiste dont il ne comprend pas l'avènement....

 

Son art se fait alors plus dur, moins convenu.

Son univers prend forme et apparaissent dans ses peintures des personnages caricaturaux, tantôt squelettes, tantôt masques, qui n'appartiennent qu'à lui. Le jaune, le rose, le bleu, le vert habille ces figures grimaçantes ou hilares, porteuses de messages plus ou moins clairs, singeant une société et une époque dont on veut taire les travers, les désordres. Et l'œuvre se fait mordante, acide, dérangeante...

 

Nous apparaissent alors tous les talents de cet artiste, dans lequel on retrouve ceux d'un caricaturiste hors-paire, d'un illustrateur, d'un graveur, d'un humoriste aussi. Au regard de son travail, on ne peut s'empêcher de penser à d'autres artistes, appartenant aussi bien au XIXème siècle qu'au XXème siècle : Francisco Goya, Honoré Daumier, Salvador Dali....Et James Ensor se fait alors héritier et précurseur.

 

Le musée d'Orsay parvient brillamment à nous plonger dans l'univers de cet étrange artiste, à nous donner clairement et simplement les clés nécessaires à la compréhension du personnage et de son œuvre. Le parcours, à la fois chronologique et thématique, est découpé en quatre thèmes qui sont autant d'éléments constitutifs de l'œuvre de James Ensor :

La Modernité - La Lumière - La Satire - Le Culte du moi.

 

Des objets insolites, masques, coquillages, sirène, hérités du cabinet de curiosité de sa grand-mère bien aimée rythment le parcours, nous révélant l'une des sources d'inspiration de cet artiste hors du commun, qui, s'il singeait les autres, avait l'élégance de savoir aussi se singer lui-même.

 

Pour en savoir plus
Par MargotK Le 09/10/2009 à 15:35
Moyenne :

James EnsorLa Mort et les masques© ADAGP, Paris - photo MAMAC Liège

Lieu : Musée d'Orsay, Paris 7eme arrondissement

Période : Du 20 octobre 2009 au 04 février 2010

"Première rétrospective présentée à Paris depuis 1990, cette exposition entend montrer le jeu de rupture et de continuité perpétuellement pratiqué par Ensor . La continuité, ce sont les héritages naturaliste et symboliste qui marquent ses débuts ainsi que la tradition des masques, du travestissement, du grotesque et de la satire, du carnaval, héritée de son enfance à Ostende, ville à laquelle il est viscéralement attaché. La rupture, c'est la dramatisation de l'usage de la couleur et de la lumière. C'est également l'invention d'un nouveau langage où les mots s'imposent, à côté des images, pour signifier crûment des idées et celle d'un nouveau système narratif où pullulent...

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