"Quand on regarde Polyptique F, on comprend pourquoi Pierre Soulages a été surnommé "le peintre du noir".
Et pourtant, ces quatres éléments sont-ils bien noirs? Si c'était le cas, on ne devrait pas pouvoir les distinguer les uns des autres. En peinture, le noir absorbe toutes les couleurs et toute la lumière; on dit donc que ce n'est pas une couleur, mais une absence de lumière. Regarder du noir, c'est ne rien voir! ce tableau de 1986 devrait donc ressembler au plus sombre des tunnels. Et pourtant il est bien visible! Comment a-t-il fait? Dès son plus jeune âge, dans son Aveyron natal, Soulages préfère tremper son pinceau dans l'encre plutôt que dans la couleur. A 28 ans, lors du salon des indépendants de 1947, il expose des toiles abstraites où le noir domine. Et malgré les conseils de Picabia, qui lui prédit bien des ennemis avec noir, Soulage ne se démonte pas. Au contraire, il en rajoute un peu plus à chaque fois, jusqu'à bannir définitivement les couleurs de ses tableaux à la fin des années 70. En fait c'est du noir, uniquement du noir, qu'il veut faire naître la couleur et la lumière. Armé d'une multitude d'ustensiles qu'il a fabriqués lui même, il étale, racle et lisse le pigment noir. Des monticules, des stries, des aplats se forment ainsi sur ses toiles. Et lorsque la lumière se reflète sur ses différents reliefs, sur ses textures plus ou moins épaisses, ce sont des noirs gris ou des noirs profonds qui apparaissent. En plus, notre propre déplacement devant l'oeuvre accentue ou atténue les brillances et en modifie la couleur. C'est ce phénomène que Soulages a d'abord baptisé "Noir-Lumière", puis "Outre-Noir", qui fait que les quatre éléments superposés de Polyptique F ont beau être TOUS noirs, ils ne sont pas TOUT noirs."
Si cette chronique vous a plu, je vous invite vivement à retrouver de nombreuses explications dans le merveilleux livre "d'Art d'Art! de Frédéric et Marie Isabelle Taddei, ou sur le site de France 2:
http://dartdart.france2.fr/?id_article=56