L'album "Rembrandt" administre la preuve que la bande dessinée est bien le neuvième art.
Le talentueux dessinateur Denis Deprez s'y aventure dans une confrontation avec l'idole picturale absolue. Le scénario, cosigné avec son frère Olivier, suit assez fidèlement la vie du peintre, saisie ici dans sa séquence centrale, entre son arrivée à Amsterdam en 1631 et sa faillite en 1656. Risqué, mais le résultat n'est pas sans charme. Le dessin, gorgé de sépia, joue pleinement sur les références- plusieurs vignettes sont de discrètes reprises de tableaux ou, plutôt, d'esquisses. Le tout baigne dans une ambiance vaporeuse, qui contraste avec la simplicité de ce qui nous est raconté, une vie d'artiste-artisan, conscient de sa valeur et pénétré de son travail, à qui il n'arrive que des malheurs communs, ceux de son époque: une épouse qui meurt en couches, des amours ancillaires mal vues, un patrimoine qu'on dilapide et dont la dilapidation vous déshonore.
L'ambiance éthique est tout aussi discrète et efficace. Les auteurs se payent même le luxe de quelques touches bien senties qui en disent plus long qu'elles n'en ont l'air. Ainsi quand le peintre se trouve, d'emblée, confronté à un intégriste, évidemment iconoclaste, qui pense qu'il vaudrait mieux bruler toutes les images. Et Rembrandt de lui répondre, comme il se doit: "quel dieu étrange priez vous qui ne peut se réjouir que de la destruction de ce qu'il crée."
O.D. Deprez, Rembrandt, Casterman, 2009