La fondation Emilio-e-Annabianca-Vedova s’apprête à inaugurer
sa prochaine exposition Vénitienne vendredi 4 juin. Dans la douleur.
Cette exposition s’intitule « Louise Bourgeois. The
Fabric Works ».
Et Louise, Joséphine Bourgeois s’est éteinte le lundi 31 mai
à New-York, ou elle demeurait depuis 1938.
Elle laisse derrière elle une œuvre orpheline, qu’elle aura murie
et portée 98 années durant, à bout de bras, avec audace, assurance, conviction,
passion…
Figure emblématique de l’art contemporain, plasticienne et
sculpteur, Louise Bourgeois était dotée d’une capacité créatrice peu commune, empreinte
d’énergie, d’acuité, de violence aussi…rendant l’œuvre mordante et singulière.
Minimalistes ou monumentales, expressives, abstraites ou
conceptuelles, les œuvres auxquelles donnait naissance Louis Bourgeois étaient
toujours issues d’une thématique ayant trait au désir, à la mort, à la
sexualité ou la violence. Elle disait puiser son inspiration dans cette enfance
qui l’avait tant marquée et qu’elle ne pouvait mettre de côté, non dans un
souci d’auto-analyse, précisait-elle, mais afin de mieux la re-créer.
Ainsi, les araignées en marbre et acier, emblèmes de son
œuvre, les poupées de chiffons qui s’enlacent, les installations baptisées
« cellules », font-elles références tantôt à une mère protectrice, tantôt
à un père adultère qu’elle déteste ou à un couple dont elle subit les errances
et les exigences.
Louise était une jeune fille brillante et libre : parisienne,
elle fait sa scolarité au Lycée Fénelon, ses études à l’Ecole nationale des Beaux-Arts
puis à l’Ecole du Louvre. Elle assiste Bissière, Fernand Léger et fait ses
premières armes ….. Pourtant, elle ne doit son parcours qu’à elle-même, ses
parents ayant d’autres projets pour elle, dont celui de travailler avec eux à
la restauration de tapisseries anciennes. Louise se plie à leur volonté, elle n’a
alors que 16 ans, et étudie en cachette. Conflit.
Son travail ne fut que tardivement reconnu en France. Aux Etats-Unis,
dont elle a la nationalité depuis 1951, ce sont les féministes qui lui ont
permis, à la fin des années 70, d’être vraiment reconnue. Auparavant, le cercle
des amateurs est relativement réduit.
En Europe, c’est plus compliqué, plus long, son œuvre est
male comprise, trop singulière. Enfin, en France, le Grand Prix national de
sculpture lui est remis en 1991. Suivront alors deux rétrospectives, l’une en
1995, la seconde en 2008, au centre Pompidou.
Ses œuvres sont aujourd’hui collectionnées et abritées par les
plus grands musées d’art modernes. Ce sont elles, désormais, qui nous parleront
le mieux de celle qui restera l’un des sculpteurs les plus talentueux que le XXème
siècle ait connu.
« Pour moi, la
sculpture est le corps, mon corps est ma sculpture ». Louise Bourgeois