PICASSO ET LES MAITRES
Informations pratiques
| Thème : |
Peinture / gravure / dessin |
| Type : |
Exposition |
| Date de début : |
09 octobre 2008 |
| Date de fin : |
02 février 2009 |
| Lieu : |
Grand Palais/Musée du Louvre/Musée d'Orsay |
| Ville : |
Paris
(75000,
France)
|
Description de l'événement
Picasso et les maîtres est calibré pour battre tous les records de
fréquentation et susciter les éloges les plus extravagants (exposition de
l'année, de la décennie, voire du siècle...) Réunir l'artiste qui déplace les foules et
l'associer aux plus grands noms de la peinture occidentale est une idée de génie
pour faire venir un maximum de visiteurs, ce qui semble bien l'objectif de cette
rétrospective. Elle défie, par là même, toute critique et semble devoir être
largement encensée.
Cela doit-il empêcher de s'interroger
sur son intérêt intrinsèque, et sur sa réussite ? Evidemment non. Car une
réunion de chefs-d'œuvre ne suffit pas pour faire une bonne exposition.
Le fonds comme la forme sont
discutables. La muséographie, avec ces murs uniformément gris, même s'ils
s'accordent avec les œuvres de toutes les époques, finit par rendre ce parcours
profondément déprimant, ce qui est tout de même paradoxal. On est heureux, en
ressortant, de retrouver la lumière naturelle, fût-ce celle d'un automne
pluvieux.
Beaucoup plus gênant : les
comparaisons sont loin d'être toutes pertinentes. Et lorsqu'elles fonctionnent,
on se dit que beaucoup d'autres auraient pu être proposées. La première salle
par exemple, qui réunit un grand nombre d'autoportraits, ne convainc absolument
pas. On a l'impression que n'importe quel tableau représentant un peintre avec
une palette aurait pu faire l'affaire. En particulier, l'Autoportrait
de Rembrandt du Louvre ne répond à aucune des œuvres de Picasso exposées
dans cette pièce.
Sauf exceptions (le Saint Martin et le Mendiant de Gréco et le Garçon conduisant un cheval de Picasso, La Toilette de Psyché d'après Ambroise Dubois et la
grande esquisse Trois femmes à la fontaine du Musée Picasso à Paris,
certains rapprochements de gravures, etc.), les seules confrontations
indiscutables sont celles qui juxtaposent les copies (toujours libres) et les
œuvres qui les ont inspirées. Avec parfois des risques de contresens : L'Enlèvement des Sabines renvoie sans doute en partie à
Poussin, mais il n'évoque pas moins David, le personnage de soldat nu à droite
de la composition en étant directement issu des Sabines de ce dernier. Ce rapprochement est d'ailleurs
proposé dans le catalogue mais ignoré dans l'exposition alors qu'il aurait été
simple de l'illustrer par une photo.
Autre association douteuse, celle qui
montre dans la salle des natures mortes (comme pour les autoportraits, les
tableaux semblent ici avoir été choisis au petit bonheur la chance) une Tête
de mort à la cruche de Picasso (Londres, Nahmad Collection) à côté de trois
crânes peints par Cézanne (Detroit, Institute of Arts), une étude formelle sur
la sphère, sans aucun sens symbolique. Car Picasso s'inspire ici bien davantage
des Vanités du XVIIe siècle que du peintre d'Aix-en-Provence.
Pourquoi le Douanier Rousseau est-il
présent alors que Matisse est totalement ignoré ? Pourquoi n'y-a-t'il pas
d'œuvres pointillistes, même à côté de la « copie » du Retour du Baptême des frères Le Nain, peint dans un style
très proche de Seurat.
Toutes ces questions, personne n'y
répondra. Picasso a-t-il vu tel ou tel tableau placé à ses côtés, s'en est-il
réellement inspiré ou la comparaison n'est-elle donnée qu'à titre d'illustration
? Rien, dans l'exposition, n'est commenté comme si ces précisions n'étaient pas
nécessaires. Le catalogue n'est pas plus disert puisque les œuvres exposées sont
juste reproduites, sans même être numérotées, évidemment sans aucune notice. Les essais étant par ailleurs
extrêmement réduits, l'ouvrage s'apparente à un grand livre d'image, ce qui est
plus que léger, d'autant que les approximations fourmillent. Picasso ne pouvait
pas connaître plusieurs tableaux ici présentés pour la bonne raison qu'ils n'ont
été redécouverts que récemment, comme Le verre d'eau et rose sur un plateau d'argent de
Zurbarán ou la Nature morte avec citrons et oranges de Luis Meléndez.
Quant à l'Agnus Dei, du même Zurbarán, que vient-il faire dans
cette exposition ? Non seulement aucune œuvre ne lui est confrontée, mais le
catalogue lui-même ne suggère pas de rapprochement. Peut-être aurait-on pu le
mettre en relation avec L'Homme au mouton, mais cette œuvre n'est pas présentée,
comme d'ailleurs aucune sculpture de Picasso, alors qu'il y aurait eu beaucoup à
en dire. Quel travail les commissaires de l'exposition ont-elles produit, à part
celui de s'assurer les prêts les plus prestigieux en faisant preuve de
diplomatie ou plutôt de qualités de marchandage comme l'a très bien expliqué
Philippe Dagen dans Le Monde ? Que Picasso se soit inspiré des maîtres, qu'il
ait absorbé ce qu'il voyait dans les musées ou dans les livres pour se forger
son propre panthéon personnel et qu'il se soit servi de cette matière pour créer
n'est pas une nouveauté. Cela demandait donc un véritable travail d'historien
pour proposer un nouveau regard. On sort de cette exposition et de la lecture du
catalogue sans avoir rien appris de nouveau sur l'art de Picasso.
Il faut s'interroger, une fois de plus,
sur le sens de certaines expositions et du déplacement incessants des tableaux.
Picasso, lorsqu'il peignait d'après les maîtres, était souvent face à une carte
postale. Une bonne photo aurait suffi pour comprendre les liens entre ses toiles
et ses modèles. Etait-il donc bien raisonnable de transporter des chefs-d'œuvre
comme la Maja Desnuda de Goya ? Le Prado a refusé d'envoyer les
Ménines car il s'agit d'un de ses tableaux phares, qui
n'en bougera plus. Mais la Maja Desnuda n'est pas moins importante et
il est vraiment discutable que ce tableau sorte de son musée, dans un objectif
finalement purement iconographique et avec si peu de rigueur scientifique. Les
visiteurs du Prado s'attendent à voir cette œuvre, qui ne prend d'ailleurs son
véritable sens qu'avec la Maja Vestida. Dans la dernière salle, le
rapport entre la Maja, la Vénus de Titien (Prado), L'Olympia de Manet et les Picasso qui leur sont
confrontés est ainsi fort ténu. Ces Nus couchés sont davantage proches
de L'Odalisque d'Ingres et de la femme à droite du Bain Turc.
Laurence Madeline, commissaire de l'exposition Ingres-Picasso à Paris
en 2004, avait finalement bien mieux cerné ce sujet. Le Paolo et Francesca d'Ingres à Angers, le David et
Bethsabée de Cranach à Berlin, sont des tableaux essentiels à
leurs musées. Fallait-il les faire venir pour les exposer à plat, sans
visibilité, comme des tableaux à l'encan à l'Hôtel Drouot ?
Le Jeune Mendiant de Murillo, à peine revenu d'Atlanta, a
quitté une fois de plus le Louvre pour être mis à côté d'un tableau qui n'a pas
grand chose à voir avec lui4. Il
est accompagné par l'inévitable Infante qui semble définitivement donnée à Vélazquez et
non à son atelier, sans que jamais cette attribution ait réellement été
justifiée. Il est regrettable aussi que L'Olympia de Manet ait quitté
les cimaises d'Orsay. Au moins Le Déjeuner sur l'herbe à pu y rester, et Les Femmes d'Alger au Louvre, des dossiers étant montés
autour de ces deux œuvres majeures. L'exposition d'Orsay est finalement la plus
réussie avec une belle scénographie d"Hubert Le Gall et un accrochage témoignant
d'une véritable réflexion.
La conclusion s'impose : ce thème est
davantage le sujet d'un livre - qui reste à écrire - que d'une exposition, car
juxtaposer des tableaux anciens et ceux de Picasso se comprend aussi bien devant
des illustrations que devant les œuvres elles-mêmes. On ne peut malgré tout
déconseiller de se rendre au Grand Palais. Pour peu qu'on réussisse à y voir
quelque chose parmi les 10 000 visiteurs quotidiens attendus (!), on y admirera
un nombre de chef-d'œuvre prodigieux, de Cranach à Picasso. Certains ont même
été dénichés dans des lieux peu connus : qui, lorsqu'il visite Washington, pense
à se rendre à Dumbarton Oaks ?
Le Gréco qui en vient est exceptionnel. Espérons au moins que cette
rétrospective permettra à la RMN de rentrer dans ses frais. Ce qui lui permettra
de continuer à organiser des expositions réellement novatrices et
intellectuellement satisfaisantes bien que nettement moins fréquentées, comme
celle consacrée à Victoria et Napoléon III à Compiègne, parfaite anti-thèse de
cette exposition Picasso (recension à venir).
Dans les chroniques
Si vous n’avez pas encore vue l’exposition Picasso et les maîtres, proclamée événement culturel Parisien de la saison, eh bien, vous n’allez bientôt plus pouvoir avoir d’excuse valable ! En effet, l’exposition, qui met le voile pas plus tard que lundi 2 février, a ouvert ses portes ce matin pour ne plus les fermer jusqu’à...
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